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mercredi, 08 août 2012 21:16

A la mémoire de Tristan Passet

Écrit par 

Par Paul-Marie Coûteaux

Lundi 6 août deux mil douze. -Chabreville puis Mirebeau. Angine, fièvre, mauvaise route, et mauvaises nouvelles en marée : d'abord, j'apprends de T. que sa mère est au plus mal ; et j'apprends aussi, par son ami Damien I., la mort de Tristan Passet, hier, à l'aube, en Italie, dans un accident de voiture; affreuse nouvelle que confirment ensuite de nombreux coups de fil -le mot "coup", ici, est trop parfait. Mort brutale, pour ainsi dire mort brute. Rare impression de stupéfaction : suis resté longtemps interdit, bouche bée, ne pouvant littéralement croire les mots que me disait Damien au bout du téléphone. Comment concevoir qu'un être si pleinement jeune, si débordant de richesses et de promesses, soit d'un coup, un anodin coup du sort, un coup de volant, un coup de presque rien, arraché à une vie que, quelques secondes auparavant il habitait si entièrement ? Ainsi de tout être, sans nul doute : mais tout de même, l'intelligence, et la confiance en ce monde, et la course de la course de l'été s'arrêtent devant ce fil rompu : nous en sommes bel et bien là, à la merci d'un rien, ou de tout. Mais je ne dis là que l'émotion de quiconque a perdu un proche, celle, aujourd'hui, de la famille de Tristan, de ses amis, de tous les membres du SIEL dont il était l'un des fondateurs et qui lui doit tant et tant.

Nous ne nous sommes vus que trois fois : la première, il y a moins d'un an, à Nice où se tenait l'Université d'été du Front national ; puis à Paris pour un dîner chez moi à l'occasion de notre congrès fondateur, devant lequel il prit la parole ; plus récemment lors d'une réunion électorale -il était venu m'attendre à l'aéroport, toujours charmant, disert, très au fait de tout, interprétant chaque événement avec son habituelle lucidité, affreuse et parfaite. Trois fois, peu en apparence : mais comme fut grande la place qu'il tint aussitôt pour moi ! Entrèrent vite en scène le téléphone, internet, et cette nouvelle forme d'amitié, étonnante mais authentique, l'amitié internautique. Au fil de dix mois, nos échanges n'ont pas cessé, son érudition chaque fois me stupéfiait : du moindre événement il tirait la substance, le reliait à ce que je n'apercevais pas, comprenait les choses au sens plein du mot comprendre, prenant tout ensemble pour interpréter et dire l'essentiel, tant étaient vaste sa culture politique, solide ses grilles, agile son intelligence, courageuse sa lucidité.

Ce n'est pas tout : il y a en France beaucoup de gens lucides - intelligents, et paresseux. La plupart se lamentent, bavardent, conjecturent, s'indiffèrent -et quelquefois fuient, à l'étranger. Tristan avait le courage et le cœur assez grands pour savoir que l'intelligence, quand elle est noble, prend les armes, les tient à pleines mains et ne les lâche plus. Serviteur de plusieurs causes qui, pour diverses qu'elles parussent, se résumaient toujours à celle de la France, sa souveraineté, son non-alignement intellectuel et cette exemplarité française qu'on n'ose plus nommer grandeur, il milita longtemps à "Egalité et Réconciliation", gardant toujours fidèle son admiration pour Alain Soral, puis, découvrant pas à pas un gaullisme qui était dans ses tripes de résistant, rejoignit DLR, un temps ; je crois qu'il fut heureux de créer à nos côtés le SIEL, où il se sentait chez lui -mais c'était chez lui- et où, je le crois, un avenir brillant lui était assuré.

Il nous fit grand honneur en acceptant d'emblée de prendre en charge le site du SIEL, site qu'il créa d'ailleurs de toutes pièces avec son ami Damien I. Engagement qui fut un signe d'humilité, car cette intelligence qui, comme toutes les intelligences, n'a jamais assez de minutes pour elle-même, aurait pu ainsi qu'auraient pu également le faire les deux autres "maitres du site", Julia Buchman et Aurélien Denizeau, regarder de loin le travail astreignant, obscur s'il en est, et pourtant accompli dans les conditions du plus parfait bénévolat qui consiste à faire vivre au jour le jour le site d'un parti qui ne fait que naître -courage d'autant méritoire qu'il devait beaucoup de temps à son métier, mais aussi à ses études, auxquelles ce boulimique de connaissance ne voulait pas donner de fin, et plus encore à son jeune foyer, à sa femme, à sa petite fille née pendant l'hiver, dont il aimait parler et dont il prenait un soin assidu. J'avais scrupule à lui prendre du temps et néanmoins, comme je m'en accuse aujourd'hui, de ne pas lui en avoir pris davantage encore, tant étaient riches ses vues et fourmillantes ses informations. Comme trop souvent, on remet à plus tard sans savoir, ou sans vouloir savoir que la vie est chiche, qu'il n'y a que peu de plus tard, sans soupçonner une seconde, mais comment l'aurais-je pu, que viendrait si tôt le jour noir où il faut découvrir que, de plus tard, il n'y aura plus jamais.

A sa femme Sophie, à qui nous demandons pardon pour avoir volé tant d'heures de présence et d'affection, à sa fille Julia, qui connaîtra plus tard la fierté d'avoir eu pour père un être si noble, à sa mère et à son père, à qui nous devons ce qu'il fut et vers qui vont nos sentiments de gratitude, à son ami Damien I., si présent près de lui, si proche par la pensée et le caractère, et pendant tant d'années qu'il fut et reste son frère, à tous ceux qui l'ont connu et aimé les membres du SIEL adressent par ma voix l'expression de leur sympathie très émue et la promesse que, les graines qu'il a semées sur le vaste champ de nos batailles, nous les ferons lever ensemble en sa mémoire.

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