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samedi, 25 mai 2013 21:54

Lettre ouverte à Frigide Barjot

Écrit par 

Paris, vendredi 24 mai 2013 

Ma chère Virginie, 

pmc

Je te remercie de m'inviter à la conférence de presse d'aujourd'hui, mais je dois te dire que, cette fois, je ne répondrai pas à ton invitation et tiens à t'en donner précisément les raisons ; comme je tiens aussi à te convaincre, d'ailleurs pour les mêmes raisons, de participer à la manif de dimanche 26, dont tu as toi-même fixé la date -tu m'as même consulté à ce sujet ! Il faut vraiment que nous nous comprenions, que tu changes ton attitude récente, obnubilée que tu es par une "extrême droite" que tu vois partout comme un gauchiste de base, et que tu sois présente dimanche aux côtés de toutes les composantes du mouvement, sans exclusive, dans un esprit d'unité. 

Lorsque tu es venue chez moi en juillet dernier, quelques jours après que le Premier ministre a inscrit le "mariage" homosexuel dans les priorités du programme gouvernemental, et que tu t'interrogeais sur l'attitude à adopter, je t'ai encouragée à "foncer", à incarner un mouvement national de protestation sur le thème de la défense de la famille, et, à travers ce thème, sur les "valeurs traditionnelles", te conseillant de t'appuyer essentiellement sur l'épiscopat et ses relais en évitant soigneusement toute assimilation à un camp politique. C'est avec admiration que je t'ai vue pendant des mois oeuvrer en ce sens, créant dans tout le pays, avec beaucoup d'opiniâtreté et d'intuition, un mouvement qui est à la fois neuf et ancien -ancien en ce qu'il a réveillé un des plus solides archaïques de notre civilisation, neuf en ce qu'il lui a donné des mots nouveaux et une allure nouvelle. A l'évidence, ce mouvement a dépassé sa cause, la question du "mariage", pour en aborder d'autres, la marchandisation des corps, la corruption de la Nature par les surenchères de la théorie du "genre" et l'existentialisme moderne, aussi bien que des aspects plus politiques, tels que la mise en évidence de l'incroyable frivolité (Blaise Pascal aurait dit la "mondanité" ) d'une classe politique si impotente qu'elle ne peut plus que céder aux clientèles parisiennes, même les plus dérisoires. 

Le mouvement dont tu es devenue le porte parole principal est devenu si puissant "dans la rue" qu'il constitue l'un des premiers signes du retournement de l'hégémonie idéologique au bénéfice des valeurs classiques chassées par la génération soixante-huitarde (qui a pris le pouvoir dans les années 70 et 80 et commence enfin à le lâcher). C'est un renversement profond, l'un de ces renversements pendulaires assez réguliers qui font alterner au cours de notre histoire générations classiques et générations modernes : classique la génération de la résistance (de 1940 à 1970 ou 1974), moderne celle qui, après Pompidou, a pris le pouvoir sur les décombres du gaullisme, dont je situe la fin de l'hégémonie au 

Non au référendum de mai 2005, certes rayé d'un trait de plume à Lisbonne par des oligarchies européennes aux abois, et qui n'a jusqu'à présent pas trouvé de traduction politique, mais qui, comme 68, va finir par trouver une. Or, ce ne sera certes pas l'UMP telle que nous la connaissons, pas plus que ce ne fut la vieille SFIO, ni le vieux PCF. 

Si je t'écris tout cela, ma chère Frigide, c'est pour te dire trois choses que, malgré ta vaillance, et peut-être par manque de recul, ou par le fait d'une fatigue bien compréhensible, tu sembles ne plus comprendre, au point que, méconnaissant le mouvement dans ses profondeurs, tu es par lui dangereusement débordée. 

1. D'abord que l'affaire du "mariage" est une étape dans le discret retournement des valeurs qui s'opère à bas bruit depuis quelques années, dont la lente reconquête de l'hégémonie culturelle par la droite, que tu appelles "extrême-droite" par erreur et parce que tu cèdes aux fausses catégories de la propagande bien pensante. L'immense majorité des opposants au "Mariage pour tous", au moins les trois quart de ceux qui ont manifesté en janvier et en mars en masse, avec toi et à ton appel, ne sont pas à gauche, ni homosexuels, ni musulmans, ni membres de l'UMP ; ce sont des catholiques à la fois modernes et attachés aux traditions françaises que tu aurais tort de continuer à stigmatiser en les nommant extrémistes. D'extrême droite ? Non, ils ne le sont pas, je ne le suis pas, nous ne le sommes pas. En fait, il s'agit de la première traduction populaire du lent renversement de l'hégémonie culturelle au détriment d'une gauche qui a désormais perdu et l'initiative et la rue (pourquoi t'y accrocher ?), au bénéfice d'une "droite des valeurs" entièrement neuve. Ce renversement couve depuis quelques années : observe par toi-même, face au radotage des sites de gauche, l'effervescence de "nos" sites sur internet (notamment chrétiens), l'émancipation de certains organes de presse tels Valeurs Actuelles ou le Figaro peu à peu débarrassés de la vulgate de gauche, le succès de contre feux tels Courtoisie ou Causeur ou Radio Courtoisie, ou encore des phénomènes littéraires tels que Houellebecq ou Murray, et autres bonnes plumes qui s'affichent désormais "calmement réacs". 

2. Ensuite pour te dire que la question est à présent de donner une traduction politique à ce retournement, traduction qui ne sera certainement pas le fait de l'UMP (en tout les cas pas de ses état-major, que je distingue de plus en plus de leurs troupes), une UMP bien trop divisée sur le sujet, incapable de s'engager à revenir sur la loi -à la différence de Marine le Pen, que tu dois juger trop extrémiste mais qui sur ce point est plus proche de nous que l'UMP. Cette UMP qui hésite, qui nous récuse en partie, qui n'a certes pas donné toutes ses forces pour faire barrage à la loi (ne demandant même pas un vote électronique au Sénat, comme elle y avait le droit), cette UMP plus qu'équivoque, tu l'as bien trop mise en avant le 24 mars notamment -jusqu'à donner la parole à de véritables adversaires du mouvement profond, tel Raffarin, jusqu'à refuser de faire entendre une voix qui eût représenté l'immense majorité des militants. A-t-on jamais vu la porte-parole d'un mouvement nier ainsi les trois quarts de ses troupes ? 

Lorsque nous nous sommes parlés par téléphone, en avril, j'avais cru que tu percevais tout à fait la nouveauté du phénomène et la nécessité d'une synthèse de ce qu'il y a de plus actuel chez les uns et les autres autour d'un discours neuf, portant bien entendu sur les valeurs et qui serait directement ou indirectement une résurgence de l'archaïque chrétien. Or, tu as donné l'impression de ne t'appuyer que sur l'UMP, beaucoup y voyant de ta part un souci de carrière (une place éligible aux européennes, beaucoup l'ont dit...), souci que je peux comprendre certes, mais qui a gravement écorné ta légitimité, au point d'en paraître devenue une sorte "d'idiote utile". Je te mets en garde contre l'idée que l'UMP puisse être le socle de la génération 2013, alors que ce parti est vermoulu, incapable d'un discours clair -et cela dès le début, par le fait de la mésalliance UDF/RPR, qui a englouti jusqu'aux dernières traces de gaullisme et qui est idéologiquement nul. 

3. Enfin, je voudrais que tu révises sans tarder ta position, et d'abord en admettant que tu as commis beaucoup d'erreurs en donnant l'impression que tu faisais fonds sur autre chose que sur le mouvement tel qu'il est, par exemple l'UOIF (je t'ai appelée après les déclarations stupéfiantes que tu y avais faites), ou sur de minuscules associations homosexuelles crées pour la circonstance. La plus grave erreur à mes yeux fut, mardi dernier, ton affreux commentaire du geste évidemment admirable de Dominique Venner, que tu aurais dû faire l'effort de comprendre, en chrétienne (Jean : "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis"), au lieu de l'insulter avec des mots d'une bassesse choquante. Ma chère Virginie, Il faut que tu acceptes tranquillement le mouvement dans ses profondeurs, même si la presse le nomme d'extrême-droite -ces stigmatisations tendent d'ailleurs à s'émousser, et vient le jour où elles ne feront plus peur à grand monde ; il faut que tu te détaches de tes coteries ou paravents, que tu sortes de la prudence, que tu acceptes que le mouvement ait ses violences, car l'histoire n'avance pas sans violences -il y en eut en mai et juin 68, lors du dernier renversement de l'hégémonie ; il faut que tu te réconcilies avec les tiens

Viens dimanche, ma chère Virginie, parle à ta place, parmi d'autres, sois cordiale avec d'autres porte-parole, notamment ceux qui se sont manifestés ces derniers mois à tes côtés et que tu n'as cessé de rejeter, comme si un tel mouvement pouvait n'être incarné que par une seule personne -voir encore ce qui s'est passé en mai 68 : il y avait bien d'autres leaders, et Daniel Cohn-Bendit lui-même s'est mis en retrait, le 19 mai, en partant en Allemagne. Accepte de paraître dimanche aux côtés de toutes, toutes sans exclusives, les incarnations d'un mouvement historique, composite et complexe -mais sans accaparer la parole comme tu l'as fait jusqu'à présent, fort dangereusement d'ailleurs, y compris pour toi. 

Je ne sais si tu auras le temps de lire ces lignes, que j'aurais dû t'envoyer bien plus tôt; je t'appellerai ce soir ou demain en tous les cas, au risque de te prendre quelques minutes qui je crois ne seront pas perdues. Et pour l'heure, je t'embrasse! 

Paul-Marie

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