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mercredi, 06 juillet 2016 23:28

Des forces de l'ordre exposées et seules

Écrit par  Brice Savin (SIEL Paris)

L’assassinat des deux fonctionnaires du ministère de l’intérieur à Magnanville, reflète l’incapacité des services de renseignement à anticiper les nouveaux objectifs des terroristes, la suffisance d’une haute hiérarchie plus préoccupée par son déroulement de carrière que par l’intérêt des hommes et des femmes, placés sous ses ordres, et l’incompétence de nos responsables politiques à protéger leurs concitoyens et fonctionnaires.

Tout d’abord il faut rappeler que les forces de l’ordre ont été suspectées de malhonnêteté par François Hollande avant même qu’il ne devienne président de la République puisque dans son programme de candidat il avait prévu la mesure 30.1 « Lutter contre le délit de faciès lors des contrôles d’identité avec une nouvelle procédure respectueuse des citoyens ».
Cette promesse de campagne a été mise en place après bien des péripéties, comme celle d’un récépissé délivré par les agents des forces de l’ordre lors des contrôles d’identité ou la remise d’une carte de visite, pour aboutir finalement au port d’un numéro personnel d’identification administratif (RIO= référent d’identité opérationnelle) et à l’adoption d’un code de déontologie d’une trentaine d’articles. Il ne faut pas oublier que la mise en place du numéro d’identification a eu un coût de 1,3 M€, somme qui aurait certainement mieux servie à l’achat de matériels ou véhicules qui font défaut aux unités de terrain.

Mais non content d’avoir imposé le RIO, le ministre de l’intérieur insiste régulièrement sur son port comme il l’a fait dans ses directives du 9 juin 2016 portant sur le « maintien de l’ordre » à l’occasion de l’Euro 2016, démontrant que le premier flic de France douterait du bon comportement de ses forces de l’ordre au point de toujours faire peser sur leur tête une épée de Damoclès :

« - De même, la dissimulation volontaire du numéro RIO, en contravention avec la règle, nourrit l’idée que certains redoutent d’être identifiés parce qu’ils agiraient de manière inappropriée. Ces pratiques, si elles existent, doivent être formellement proscrites ».

Cette suspicion claironnée par nos gouvernants, depuis 2012, ne peut que livrer gendarmes et policiers à la vindicte des extrémistes de notre société comme cela a été le cas lors des manifestations des ultra-gauches des zones à défendre (ZAD), de « Nuit Debout », de la CGT lors des manifestations contre la loi travail ou des interventions contre les clandestins entassés à Calais et à Dunkerque.

Mais qui va défendre nos policiers ?

Certainement pas nos hommes politiques dont les discours convenus ou les attitudes théâtrales ne sont que de circonstance. Il faut réécouter Bernard Cazeneuve s’exprimant sur les casseurs de la manifestation du 14 juin qualifiés par le ministre de l’intérieur de « sauvageons » (sans doute ceux de Chevènement devenus grands) et précisant « il faut que justice passe » pendant que les policiers eux « trépassent » dans leur coin en silence !

Ou Stéphane Le Foll dont l’intervention sur RTL le matin du 14 juin suit un plan tellement conventionnel qu’elle manque de sincérité : pensées pour la famille et les proches, message de soutien aux forces de l’ordre, quelques infos sur l’enquête judiciaire, chaque partie étant entrecoupée de grandes inspirations de désolation.

Et puis, très vite nos hommes politiquent martèlent leurs vérités.

Dans le cas du massacre de Magnanville, il a été rapidement mis en avant qu’il n’y avait pas eu de faute dans le suivi de l’auteur du crime jugé comme un dissimulateur dont le geste était très difficile à appréhender.
Manuel Valls ajoutant : « je ne laisserai pas dire qu’il y a eu de la part de nos forces chargées de la lutte contre le terrorisme la moindre négligence ni le moindre manque de discernement » ce qui permet d’exonérer par la même occasion toute la hiérarchie jusqu’au gouvernement, puisque les policiers agissent suivant les ordres du pouvoir exécutif. Il faudra alors identifier clairement d’où est venu le dysfonctionnement car nous devons une réponse aux orphelins du couple assassiné.
Une fois de plus, nous constatons que l’honneur qui commanderait de démissionner suite à une faillite gouvernementale si grave de conséquences, ne fait plus partie des vertus des hommes et femmes du gouvernement.

Ce ne sont pas non plus les hauts fonctionnaires de la police nationale qui protègeront leurs hommes car ils veulent faire plaisir aux politiques qui les ont placés dans des fauteuils dorés. Ces hommes d’expérience devraient proposer à leur ministre de tutelle des solutions innovantes et efficaces. Eh bien non, le risque de se voir attribuer la charge de mettre en œuvre ces mêmes solutions est trop fort. Ces marionnettes du gouvernement, tirées à quatre épingles dans leur costume sur mesure, ne rêvent que de devenir des « commissaires généraux » et ne veulent qu’assurer leurs primes conséquentes mais sont bien incapables de deviner et d’anticiper les attaques dirigées contre leurs personnels.

Cette distance entre la haute hiérarchie et les hommes et femmes de terrain s’illustre dans le télégramme du directeur général de la police nationale (DGPN) en date du 14 juin 2016 où il rappelle les consignes aux cadres sur le terrain :

« Chaque Directeur et Chef de service adressera sans délai des consignes précises à l’ensemble des personnels, policiers, personnels administratifs, techniques, scientifiques et adjoints de sécurité placés sous sont autorité exerçant des missions en uniforme, ou en civil ; »

« La plus grande attention doit être portée à la sécurité du personnel dont la vigilance doit être soutenue, dans les services, notamment à l’accueil du public, comme sur la voie publique.
Hors service et dans un contexte actuel de menacé élevé, une vigilance importante doit être maintenue. »

« Un niveau de sécurité élevé des locaux d’accueil doit être maintenu et autant que nécessaire renforcé, en particulier s’agissant des conditions d’accès et de contrôle du public. »

« Les équipements de protection doivent être systématiquement portés et les règles de sécurité en intervention appliquées avec rigueur. »

« Vous rappellerez enfin l’intérêt pour les personnels placés sous votre autorité de mettre en œuvre les précautions élémentaires pour leur sécurité dans l’usage des réseaux sociaux à titre personnel, notamment sur la possibilité de conserver l’anonymat dont ils disposent et du bon usage des paramètres de confidentialité. »

« Les responsables hiérarchiques doivent personnellement s’impliquer dans la transmission de ces instructions.

Vous me rendrez compte pour le 16 juin - Cabinet / Etat Major - des instructions que vous aurez transmises. »

La vacuité des attitudes se retrouve dans les discours prononcés par nos responsables politiques comme celui de Bernard Cazeneuve lors de la cérémonie organisée le 15 juin à Beauvau :
ils (les Français) « mesurent les risques auxquels s’exposent tous ceux qui incarnent l’autorité de l’Etat et les valeurs de la République. »
surtout quand on sait que les forces de l’ordre n’ont plus les moyens juridiques et le temps d’exprimer cette autorité de l’Etat notamment à cause d’une procédure pénale tracassière et lourde ;

« Face à cette barbarie, je sais que vous réagirez avec les armes qui assurent votre supériorité sur l’ennemi : la solidarité, le sang-froid, la force de l’expérience, l’attachement aux valeurs républicaines et au Droit, la reconnaissance des Français. »

Le ministre à une telle confiance dans ses policiers qu’il se sent obligé de leur préciser qu’ils ne doivent pas verser dans un système de justice privée où la loi du talion (œil pour œil, dent pour dent) serait la règle ;

« Ce combat est celui de l’époque. C’est celui de la démocratie. C’est un combat pour l’Etat de droit, sur lequel nous ne céderons rien. Ce combat nous imposera encore des efforts et des sacrifices. Il exigera de nous un engagement de tous les instants, une vigilance absolue et une rigueur exemplaire. »

Série de notions désincarnées et vagues qui évite minutieusement de désigner le péril islamiste et les milices d’ « ultra-gauche », cette alliance islamo-gauchiste qui fait tant de mal à la France.

Finalement jusqu’à quand ce gouvernement et ses affidés exposeront et livreront nos forces de l’ordre à la rage des terroristes, des anarchistes, des mafieux de banlieues et des migrants/clandestins ?

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