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mardi, 15 mai 2012 00:51

Victor Hugo, encore et toujours

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SIEL hugoA intervalles réguliers, Victor Hugo alimente l'actualité intellectuelle française, pour le meilleur, comme en témoigne magnifiquement cette belle exposition des rares et délicats dessins réalisés par le grand écrivain, - à laquelle nous convie actuellement à Paris « La Maison Victor Hugo » jusqu'au 19 août 2012 - comme pour le pire, lorsque les pouvoirs publics, par leur scandaleuse carence à agir utilement, ont laissé se commettre l'irréparable à l'occasion de la vente aux enchères chez Christie's le 4 avril dernier d'une collection inestimable, aujourd'hui dispersée, de près de 500 livres, manuscrits, photos, dessins et objets ayant appartenu à l'homme illustre et à ses descendants.

Sur un registre plus métapolitique, Victor Hugo nous aide continuellement, telle une boussole des temps modernes, à distinguer l'essentiel de l'accessoire, en discernant, avec une grande sûreté de jugement, les enjeux de notre époque. Plus que tout autre, aujourd'hui comme hier, une question s'impose ainsi à l'esprit de bien de nos compatriotes. De quel mal endémique la France contemporaine souffre-t-elle le plus ?

Dans une intervention mémorable à l'Assemblée Nationale, en 1848, lors d'un débat se rapportant à l'assainissement des finances publiques, celui qui fut aussi parlementaire des années durant, notamment durant la Deuxième République, répond sans détours à cette interrogation majeure : « L'ignorance encore plus que la misère. L'ignorance qui nous déborde, qui nous assiège, qui nous investit de toutes parts. ».

« On pourvoit à l'éclairage des villes, on allume tous les soirs, et on fait très bien, des réverbères dans les carrefours, dans les places publiques ; quand donc comprendra-t-on que la nuit peut se faire aussi dans le monde moral et qu'il faut allumer des flambeaux dans les esprits ? » ajoute-t-il avec éloquence.

Le diagnostic est pour lui sans appel : « Un mal moral, un mal moral profond nous travaille et nous tourmente. Ce mal moral, cela est étrange à dire, n'est autre chose que l'excès des tendances matérielles. Et bien, comment combattre le développement des tendances matérielles ? Par le développement des tendances intellectuelles ; il faut ôter au corps et donner à l'âme. »

Pour Victor Hugo, le remède saute aux yeux. « Il faut redresser pour ainsi dire l'esprit de l'homme ; il faut, et c'est la grande mission, la mission spéciale du ministère de l'instruction publique, il faut relever l'esprit de l'homme, le tourner vers la conscience, vers le beau, le juste et le vrai, le désintéressé et le grand. »

Pour atteindre ce dessein admirable, le grand homme s'interroge de façon éclairante : « ... que faudrait-il faire ? Il faudrait multiplier les écoles, les chaires, les bibliothèques, les musées, les théâtres, les librairies. Il faudrait multiplier les maisons d'études pour les enfants, les maisons de lecture pour les hommes, tous les établissements, tous les asiles où l'on médite, ou l'on s'instruit, ou l'on se recueille, ou l'on apprend quelque chose, ou l'on devient meilleur ; en un mot, il faudrait faire pénétrer de toutes parts la lumière dans l'esprit du peuple ; car c'est par les ténèbres qu'on le perd ».

« C'est là, et seulement là, que vous trouverez la paix de l'homme avec lui-même et par conséquent la paix de l'homme avec la société » conclut-il avec force. Des lettres, des arts et des sciences, voilà en somme ce dont l'honnête homme a besoin pour conduire sa vie à bien.

A l'aube d'un quinquennat présidentiel qui s'annonce des plus périlleux pour celui qui s'installera sous les ors et les lambris du palais de l'Elysée, Victor Hugo nous administre une grande leçon d'intelligence qui demeure, aujourd'hui encore, d'une incroyable lucidité.

Loin d'être strictement économiques ou d'avoir pour seule origine les mutations nées de l'intégration toujours plus poussée de notre pays à son redoutable environnement international, les ressorts de la terrible crise qui frappe la France ressortissent avant tout de la profonde décadence culturelle et morale qui affecte notre peuple depuis trop longtemps et que celui-ci, en perte de sens, parvient moins que jamais à conjurer.

Dès lors, pour qui veut ne pas se laisser abattre par le renoncement qui guette trop de nos compatriotes, le programme de réarmement culturel, moral et spirituel de la France s'impose de lui-même : restauration de l'instruction publique et acquisition des savoirs élémentaires, réhabilitation des enseignements classiques et des humanités, préservation des traditions séculaires et sauvegarde du patrimoine historique ; bref, assurer dans un pays frappé par une sourde crise de civilisation la transmission fidèle des héritages français, en favorisant partout les activités de l'esprit, singulièrement celles qui sont davantage tournées au for intérieur.

Refusant farouchement de sortir de l'Histoire, la France a encore son mot à dire au sein du concert des Nations, ce dont nos compatriotes doutent encore trop souvent. Pour déjouer le lancinant mal français et renouer avec le rayonnement international qui fut naguère le sien, la France devra s'imposer tôt ou tard, dans un sursaut existentiel, un retour salutaire à ses valeurs authentiques, en tournant définitivement le dos au mirage mortifère d'une société de consommation disqualifiée, plus que jamais émolliente et permissive.

Karim Ouchikh

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