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lundi, 02 juillet 2012 22:55

L'apostasie silencieuse

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L'Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH) vient de lancer cette semaine un pavé dans la mare, sans susciter jusqu'à présent, dans l'opinion publique, la moindre réaction d'indignation. Dans l'organisation de leur temps de travail, les salariés devraient pouvoir, nous dit-on, remplacer trois jours fériés chrétiens (Ascension ; lundi de Pentecôte et Assomption) à leur convenance : ainsi, en cas de signature d'accords d'entreprise ou d'établissement, les salariés de confessions musulmane ou juive pourraient permuter, selon leur libre arbitre, l'un de ces trois jours fériés chrétiens avec, par exemple, le premier jour du Ramadan ou celui tombant sur Yom Kippour.

« On vit dans un monde de jours fériés qui date d'une autre époque, celle d'avant les vagues d'immigration ouvrière et magrébine, et qui ne correspond plus à la réalité des entreprises » explique Jean-Christophe Sciberras, le président de l'ANDRH pour justifier sans ambages pareille proposition (Le Figaro, 30 juin - 1er juillet 2012). Cette association professionnelle ne dissimule pas son dessein crypto-mercantiliste : « Les entreprises seraient ouvertes trois jours de plus dans l'année. Elles disposeraient de plus de souplesse dans leur organisation sans que cela enlève le moindre droit aux salariés ».

Un discours évidemment bien accueilli par les autorités confessionnelles musulmanes : Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris se réjouit ainsi de cette proposition qui apporterait « du confort aux musulmans dans leurs pratiques religieuses ». Sans surprise, les réactions restent pour le moins mesurées du côté de la hiérarchie catholique. Mgr Bernard Podvin, porte-parole de la Conférence des évêques de France, a assuré au micro d'Europe 1 que « les catholiques ne se sentent nullement propriétaires d'un calendrier », non sans préciser que « la République est laïque. C'est elle qui, en fonction du droit du travail, a posé les jours fériés. Nous sommes attachés à la signification religieuse, mais le respect de la diversité, c'est certainement une des sources de paix de la société ».

A bien des égards emblématique de la crise de sens qui, ces dernières décennies, affecte en profondeur la société française, cette initiative déconcertante, ainsi que les rares réactions auxquelles elle a donné lieu, doivent être dénoncées à plus d'un titre :

- devant observer, de manière générale, une stricte neutralité à l'égard des débats qui agitent la société française, le monde de l'entreprise ne doit pas être le théâtre de concessions ou de compromis, lesquels seraient, en l'espèce, consentis en violation du principe de laïcité qui impose de ne favoriser, dans le milieu professionnel, quelque forme de prosélytisme que ce soit ;

- la société française est gagnée par une sécularisation grandissante, phénomène majeur qui conduit notre pays à faire preuve en réalité d'une indifférence sélective à l'égard des religions, singulièrement au détriment de la religion catholique qui se voit peu à peu dépossédée de sa prééminence culturelle historique au profit de religions fraîchement implantées en France, particulièrement le culte musulman ;

- dans l'inévitable rapport de forces qui s'est ouvertement installé en France entre les différentes confessions religieuses, la lutte d'influence est manifestement inégale : devant la puissance montante d'un islam décomplexé et volontiers dominateur, la hiérarchie catholique semble vouloir adopter une attitude stérile qui oscille en permanence entre un attentisme frileux et une complaisance suicidaire, là où il lui faudrait faire preuve d'un esprit de discernement et d'une détermination sans faille à reconquérir les âmes de nos contemporains.

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Si elles bénéficient en France d'une heureuse égalité formelle, sous le rapport strict de l'exercice juridique des cultes, les religions qui sont pratiquées sur notre territoire ne sauraient être placées sur un même pied d'égalité au regard de l'héritage historique qui fonde la mémoire de notre pays : qui peut douter encore que l'admirable histoire de France, fille aînée de l'Eglise, puisse être dissociée de son univers catholique qui, plus que tout autre, a largement façonné les traits authentiques de sa civilisation séculaire ?

Cette vérité a bien du mal à être partagée par nos compatriotes.

Sans doute à raison de la puissance destructrice des phénomènes de décivilisation et de déculturation, - justement diagnostiqués par un Renaud Camus - qui ont pareillement déstructuré l'exacte conscience que notre pays doit avoir de lui-même avec, au surplus, ce facteur aggravant : sous l'effet d'une immigration massive et incontrôlée, une substitution de populations s'opère irrésistiblement sur l'ensemble de notre territoire, au profit de communautés homogènes nouvelles, fermement repliées sur elles-mêmes, et dont la forte vitalité et les traits culturels nouveaux donneront bientôt naissance à une civilisation inédite qui n'aura plus rien à voir avec celle qui fut transmise au fil des siècles par les générations passées de Français.

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Comment alors combattre en France, et plus généralement en Occident, cette folle amnésie collective qui s'est emparée insensiblement de nos sociétés ?

D'abord, sur un plan purement confessionnel, en invitant respectueusement les autorités catholiques à prendre enfin la mesure des défis du moment, ce qui obligera assurément celles-ci à se départir de leur habituelle pusillanimité : à juste titre préoccupés par l'abandon de la foi de nombreux chrétiens dans nos sociétés, naguère profondément imprégnées par le message évangélique, nos évêques doivent concevoir à présent, - à l'approchee du Synode des Évêques qui se tiendra à Rome du 7 au 28 octobre 2012 sur le thème de le Nouvelle Evangélisation - une nouvelle pastorale de la foi, qui soit plus visible et davantage combative.

Ensuite, à l'échelle plus large du débat politique, en favorisant fortement le réarmement moral de nos compatriotes qui, au-delà des sempiternelles et si abstraites « valeurs de la République », aujourd'hui inopérantes, devront se convaincre du caractère infiniment charnel de l'identité de la France et de la primauté culturelle de l'une de ses composantes séculaires, l'anthropologie chrétienne, aujourd'hui en perdition.

Enfin, sur un registre plus pratique, en jugulant avec autorité les flux migratoires massifs qui contribuent manifestement à l'aggravation des phénomènes mortifères de déculturation et de décivilisation afin de conserver, s'il se peut encore, l'homogénéité des traits culturels de la civilisation française.

Karim Ouchikh

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