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dimanche, 15 juillet 2012 01:44

Paul-Marie Coûteaux : Le mal par le mal

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SIEL UE dictatureArticle de Paul-Marie Coûteaux publié dans Valeurs Actuelles

"La France a fait le choix du modèle fédéral" déclarait le 17 novembre 1991, de la tribune de l'Assemblée nationale, le ministre des Affaires étrangères de l'époque, Roland Dumas. Ainsi s'annonçait devant une représentation nationale uniformément conquise, le traité signé le mois suivant à Maestricht et ratifié après des débats houleux, notamment en France, où le référendum organisé peu après ne donna qu'une très courte avance aux partisans de sa ratification -lesquels ne recueillirent la majorité ni des inscrits (12 millions d'abstention) ni même des exprimés (13,1 millions de Oui, 12,6 millions de Non, un million de blancs).

Lesdits partisans multipliaient pourtant, à l'époque, les annonces grandiose : la politique étrangère et de sécurité commune, posée par le titre V, permettrait à l'"Europe" de parler d'une seule voix, devenant ainsi le grand arbitre des affaires du monde -en fait on ne vit jamais où que ce soit de position commune, l'Europe ne parlant d'une seule voix que pour ne rien dire, ce qui n'empêcha pas la Commission de créer un "service diplomatique commun", ministère des Affaires étrangères sans le nom, inconnu mais onéreux, qui en plus d'un service central pléthorique, ouvrit 122 "ambassades européennes", chacune dotée d'un "Ambassadeur européen" et de force conseillers dont on n'a jamais vu à quoi ils pouvaient servir.

Maestricht jetait aussi les bases d'une monnaie unique, dont les "fédéralistes" assuraient à qui mieux-mieux qu'elle garantirait la suprématie européenne sur les marchés extérieurs, le plein emploi, la prospérité etc. On était si sûr de soi que ledit Delors, théoricien de la "Fédération d'Etats-Nations" (obscur oxymore qui fascina les gogos), exigeait que les opposants au traité "changent de métier ou changent d'avis" - sic ! A quelques temps de là, le même lançait bravement l'"Agenda 2000" qui, finalement adopté à Lisbonne en 1999, entendait "faire de l'Union, à l'horizon 2010, la zone économique la plus compétitive du monde"...

On sait ce qu'il en est : la dite "Europe" n'en finit pas de perdre des parts de marché, la plupart de ses industries sont ravagées par le dumping général des pays émergents, son taux de croissance est le plus faible du monde, elle compte 25 millions de chômeurs, ses entreprises ne se sauvent qu'à mesure qu'elles "délocalisent", plusieurs de ses Etats-membres glissent vers la faillite financière, ses élites la fuient et ses populations non encore nomades (contrariant le souhait d'un autre architecte de l'avenir radieux, Jacques Attali), se trouvent peu à peu mêlées à des flots d'immigration incontrôlés et confrontées aux divers délires du multiculturalisme qui n'est qu'un attentat généralisé contre la culture, perdant peu à peu jusqu'à la mémoire de leurs anciennes civilisations, des parts croissantes d'Européens sombrant dans une déréliction qu'ils font payer cher à des Etats transformés en machines à distribuer d'onéreux substituts au travail envolé. Mieux, ou pire, ses rares îlots prospères le sont à mesure qu'ils se tiennent à l'écart de la prétendue "Europe" et son eurozone -cas de la Norvège, ou de la Suisse qui, se contentant de valoriser sans bruit ses atouts, connaît un revenu médian de 4 700 e et un taux de chômage de 2,6 %...

Un enfant aurait compris que "intégration européenne" reviendrait à priver les Etats de leur politique, c'est-à-dire de la défense rationnelle de leurs intérêts et de leurs frontières, les livrant ainsi sans défense aux multiples défis de la mondialisation; or, que croit-on qu'il advient ? Tout le contraire : la machine bruxelloise entreprend de faire accroire que le remède à tant de maux se trouve dans le mal lui-même (formule même du Diable), tentant d'entraîner les peuples dans la vieille fuite en avant du "plus d'intégration", ou se passant de leur avis : voir l'effet parfaitement nul du référendum de 2005, ou les inquiétantes déclarations de dirigeants allemands qui tel le ministre Schäuble estiment que toute marge de manœuvre laissée aux Etats met en péril l'euro, suggérant la révision de toutes les Constitutions des Etats afin d'en chasser les dernières références à leur souveraineté, tandis que son conseiller occulte, Klaus Zimmermann déclare tout de go que "la démocratie locale (en langage europiomane, il s'agit de la démocratie nationale) est devenue contre-productive".

En route donc pour un nouveau traité, dont les méandres incompréhensibles au commun des électeurs cachent pour l'instant l'essentiel : la mise sous tutelle par l'Allemagne des budgets nationaux. Une fois de plus les vaticinations fédéralistes, lancées par Victor Hugo (il y voyait une façon de supprimer les guerres au XXe siècle), reprises entre les deux guerres par les partisans du dépassement national (avec pour résultat le désarmement des Etats et la conséquence que l'on sait), dans les années 50 par Monnet et consorts puis dans les années 80 par Mitterrand, Attali, Dumas, Delors (ainsi que par le dolorien Hollande...), se heurteront à la réalité des intérêts des grands Etats : affaire à suivre derechef, d'autant qu'il y a tout lieu de craindre qu'elle finisse cette fois encore plus que mal...

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