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jeudi, 16 mai 2013 14:21

La Slovénie, nouveau malade de la zone euro

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par la Rédaction du SIEL

slovenieA peine la crise chypriote semble-t-elle s'atténuer que déjà un autre pays de la zone euro suscite l'inquiétude : la Slovénie, touchée elle-aussi par une crise bancaire, malgré les déclarations rassurantes du premier ministre de centre-gauche Alenka Bratusek, arrivée au pouvoir le 27 mars, selon qui "l'économie du pays est en difficulté, mais il est capable de s'en sortir tout seul !".

Alors que pendant des années, la Slovénie fut présentée comme un "modèle de transition à l’économie de marché et à la démocratie" pour les pays d’Europe centrale et orientale, le mythe commence à s’effriter. Issu de l'ex-Yougoslavie, entré dans la zone euro en 2007, ce pays de deux millions d'habitants souffre d'un secteur bancaire très malade dominé par trois groupes détenus directement ou indirectement par l'Etat, qui ont beaucoup prêté, alors que l'austérité n'a pas permis de sortir de la crise.

En effet, après des mois de mobilisations contre la corruption minant les dirigeants depuis plus de vingt ans, combinés à des journées de grève très suivies, sur fond d‘une crise politique et économique profonde, le problème bancaire est devenu crucial pour un Etat en récession depuis février 2012, qui croule sous les créances douteuses, estimées à 7 Mds € (20 % du PIB) par le FMI. Il évalue à 1Md € le besoin de recapitalisation des principales banques, tandis que l'agence Fitch, plus pessimiste, l'estime à 2 Mds € et a d'ailleurs dégradé ces banques, et assorti leur note d'une perspective négative.

L'OCDE recommande à Ljublana d'assainir d'urgence son secteur bancaire, prônant des mesures radicales, même si, pour l'instant, il n'y a "aucune raison d'anticiper un plan de sauvetage" - comme ce fut le cas pour Chypre, fin mars. Car c'est bien cette peur d'un bis repetita qui cristallise l'inquiétude des Etats-membres de la zone euro. Pas question, pour autant, juge la commission européenne, de comparer les deux pays : "Malgré les inquiétudes, la situation est complètement différente : la taille des banques par rapport à l'ensemble de l'économie n'est pas la même, et le secteur bancaire n'est pas hypertrophié, qui représente 150 % du PIB, contre 800 % à Chypre." (JM Barroso). En revanche, pour l'Institut de la Finance Internationale (représentant plus de 450 banques mondiales), la Slovénie doit faire appel au Fonds de Secours européen, afin d'éviter un plan de sauvetage global associant le FMI et les analystes de Merrill Lynch évaluent à 7 Mds € le montant d'un plan de sauvetage pour recapitaliser les banques.

Trouver des milliards pour les banques sera bien difficile, alors que 'Etat doit trouver 3 Mds € d'ici au 6 juin. Mais si les banques slovènes se retrouvent en détresse, elles emporteront l'Etat avec elles, cercle vicieux négatif entre détresse financière des banques, consolidation budgétaire et mauvais état des entreprises, dont Ljubjana doit trouver le moyen de s'extirper.Tout dépend désormais de l'attitude du marché. S'il accepte de prêter à des taux décents, le pays pourra peut-être tenir jusqu'en 2014, date (espérée) du retour de la croissance et de la mise en place (espérée) de la supervision bancaire européenne. Encore faudra-t-il que le MES puisse venir secourir les banques en raison des difficultés dues à leurs dettes passées, ce que la Haye, Berlin et Helsinki refusent toujours. Pour le moment, le taux slovène à 10 ans est sous contrôle, mais il est remonté à plus de 5 % dans la foulée de la crise chypriote. La BCE dont on a vu la fermeté dans l'affaire chypriote, tient le destin du système bancaire slovène entre ses mains. Une chose est certaine, en tout cas : la Slovénie figure désormais en tête de liste des pays malades de la zone euro.

La zone euro est en train de se rendre compte que les actifs bancaires représentent une part tellement importante (3,6 fois le PIB européen en moyenne) que cela met en doute la capacité des Etats-membres à renflouer et assainir leurs systèmes bancaires, ce qui se double, en ce qui concerne la Slovénie, d'une nouvelle inquiétude : comment le pays couvrira-t-il ces besoins de financement, à l'heure où les investisseurs affichent leur méfiance, le PIBreculant de 1,9 % au second semestre et la croissance prévue en 2014, nedevant pas dépasser 0,4 % ? Dans un contexte de solidarité européenne de plus en plus conditionnelle pour les pays de la zone euro et d'une campagne électorale allemande qui incite peu Berlin, qui a les vrais manettes du MES en possédant un droit de véto implicite, à se montrer généreux, une demande d'aide de Ljubljana peut en effet encore ouvrir des discussions difficiles au sein de la zone euro.

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