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mercredi, 02 octobre 2013 23:45

Un désastre

Écrit par 

Tribune de Paul-Marie Coûteaux publiée dans "La Nef" n° 252 d'octobre 2013

syrie-gazIl n'est pas si difficile de gouverner la France : il suffit de mettre en oeuvre sa politique, c'est-à-dire ses principes traditionnels et ses intérêts propres. C'était le cas lorsqu'elle répondit à l'appel du gouvernement malien pour l'aider à rétablir sa souveraineté, comme nous fumes parmi les premiers à le demander dans ces colonnes, ce qui, malgré le scepticisme qu'on nous opposa, a désormais l'allure de l'évidence. L'évidence de l'erreur du couple Hollande-Fabius en Syrie est tout aussi éclatante, tant leur projet d'intervention est contraire à nos principes et intérêts les plus simples.

Contraire à nos principes, car la politique de la France, il faut le redire, n'a jamais consisté à noter les chefs d'Etats des pays étrangers et à bombarder leur capitale quand la note est mauvaise : le principe de non ingérence reste d'autant cardinal qu'il est patent que l'inverse, l'ingérence (mise à la mode par quelques journalistes-écrivains intéressés tel B-H.L., ou simplement naïfs, que nous ne citerons pas par charité, ou affection) a provoqué partout des catastrophes : En Yougoslavie, création d'un Etat islamique mafieux, le Kosovo, au coeur de l'Europe; en Irak, en Afghanistan, en Libye, de durables chaos, lesquels sont peut-être l'objectif de l'empire états-unien ("détruire pour régner") ou de puissances voisines, mais nullement le nôtre. Inutile d'ajouter qu'est non moins contraire à nos principes de bombarder une capitale sans l'aval du Conseil de Sécurité de l'ONU (conformément à une Charte inspirée par des Français, et par le droit français), comme s'apprêtait à le faire M. Hollande, avant que la volte-face de M. Obama ne le laisse le bec dans l'eau.

Tout aussi évident est le calcul de nos intérêts. D'abord, on ne voit pas pourquoi la France, qui doit lutter sur son sol contre un islamisme implacable, se mettrait à son service en Syrie -tant il est vrai que la prétendue "résistance" syrienne est aux mains des islamistes, tout rêve de troisième force laïque s'étant vite évaporé. Quitte a se mêler des affaires intérieures de la Syrie, il eût mieux valu protéger les Chrétiens, et leur protecteur alaouite Assad -Chrétiens partout persécutés en "terre d'Islam" (60 églises coptes ont été brûlées cette année en Egypte) plutôt que faire chorus avec leurs bourreaux, ces gouvernements extrémistes de la Péninsule avec lesquels la France n'a guère de liens traditionnels -à la différence, justement, de la Syrie ou du Liban, l'un des pires aspects de l'affaire étant de brouiller encore plus les lignes de la France dans un monde arabe où, à force de retournements, elle n'a presque plus d'alliés.

Autre évidence, la Russie, toujours consciente de ses intérêts (et protectrice des orthodoxes d'Orient, a si bien joué qu'elle se réinstalle en majesté dans la région -où l'on rêve de ce que pourrait donner son partenariat avec la France pour rétablir des équilibres que le fanatisme des Etats-Unis et leurs alliés rompent partout. D'ailleurs, onéreux au Proche-Orient, le refus du partenariat russe, le fut tout autant en Europe où Paris s'est retrouvé isolé comme jamais, tandis que Moscou, en partenariat avec Berlin, commence à dessiner les contours d'une nouvelle "Grande Europe"

On se demande donc ce qu'eurent en tête MM Hollande et Fabius en s'alignant sur les positions d'un Obama dont furent mal mesurées les contraintes, et qui ne songea même pas à nous associer aux tractations de Genève, passées loin au-dessus de notre tête -s'il en reste une. On dit que M. Hollande croyait ferme à la valeur de ses bombardements pour interdire les armes chimiques, cédant à ce mélange de genres qui fait de la politique un substitut à la morale et à la foi quand on n'a plus ni l'une ni l'autre -manque de culture d'Etat hélas de plus en plus répandu parmi nos contemporains, de gauche ou de droite. On l'a soupçonné de vouloir faire un geste en faveur de son électorat, en partie islamiste. Quoi qu'il en soit, notre politique dans la crise syrienne est à tous égards un désastre.

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SIEL


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