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mercredi, 06 novembre 2013 18:00

L'Afrique du fric

Écrit par 
par Paul-Marie COÛTEAUX,
Président fondateur de Souveraineté, Indépendance Et Libertés (SIEL)
Publiée dans La nef (n°253 - novembre 2013)

afrique-argent28 septembre 2013. - Raconte-t-on des bobards sur France Culture ? Je viens d'entendre un économiste citer une étude du très sérieux "Euromonitor International" selon laquelle le Nigéria serait le deuxième consommateur mondial de champagne. L'information a chamboulé la presse nigériane, qui fait observer qu'une bouteille de Moët coûte à Lagos ou Abuja quelque 20 000 nairas, le Cristal, fort prisé par les administrations et les salons chics, ou riches, avoisinant 140 000 nairas, les magnums Angel 600 000 nairas; ces chiffres n'ont de sens que si l'on précise que 63% des Nigérians vivent avec moins de 150 nairas par jour : en somme une bouteille du fameux Angel fait vivre 11 personnes pendant un an. Quand on sait que, dans "une société ivre de champagne", écrit le journaliste Charles Dickson, les bouteilles défilent par dizaines dans la moindre soirée huppée, on mesure la portée de l'information.

Elle est encore plus grande qu'on ne croit. L'Afrique est, du moins par ses ressources naturelles, le plus riche des continents, et celui qui se développe le plus vite -dans plusieurs pays, les taux de croissance sont supérieurs à ceux des "dragons" asiatiques. Par ailleurs, il se repeuple à vive allure -le Nigéria devrait dépasser 900 millions d'habitants à la fin du siècle, juste derrière la Chine et l'Inde. Le problème est que les inégalités s'y développent plus rapidement encore, à la faveur d'une corruption qui explose à la mesure de la richesse et paralyse un Etat plus nuisible qu'utile -d'après le prix Nobel Joseph Stilglitz, son inefficacité provoque la fuite de cent milliards de dollars chaque année.

Pas de Bien Commun sans une idée du Bien

Tel est le cœur du problème associé au continent, l'accablante pauvreté de l'immense majorité de ses enfants, incluant famines et maladies, maux auxquels les Gouvernants prétendent ne pas avoir les moyens de s'attaquer, s'en remettant souvent aux Etats et associations des pays développés. In fine, la cause de cet énorme drame humain n'est pas tant, comme on le croit toujours, la dureté du climat, mais la quasi -absence de culture du Bien Commun. Il est donc un problème moral, tant il est vrai que le Bien Commun, fondement des Etats de droit, ne peut naître que de l'idée du Bien, de la charité, du souci d'autrui en un mot du Service -raison pour laquelle l'Etat moderne naquit et prospéra en terre chrétienne, et s'étiole à mesure de la déchristianisation...

Or, si près d'une moitié de Nigérians est musulmane, l'autre est chrétienne -catholique en partie, mais plus souvent protestante. Que font les élites chrétiennes ? Voila une question que les Catholiques pourraient se poser, à commencer par le Vatican quand il réfléchit sur la misère, et ce qui en est l'un des plus terribles effets, la migration de masse. Certes, il est bien de s'apitoyer sur les sort des malheureux qui atteignent en piètre état les côtes européennes, ou telle ou telle de leurs îles comme la très exposée Lampedusa; mais, on a beau être généreux, on n'en est pas moins privé de la possibilité de réfléchir, c'est à dire de ne pas seulement s'alarmer devant les conséquences, mais de songer aussi aux causes. Faire appel aux autorités italiennes, ou européennes, pour mieux accueillir ces pauvres hères ne tient pas compte, non seulement de la destruction des nations et des civilisations qu'engendre peu à peu l'immigration massive (rappelons les propos de Jean-Paul II sur la "nation, éducatrice des âmes", qui suppose des nations et des civilisations préservées); mais aussi de la responsabilité politique des Africains eux-mêmes, à laquelle il ne serait pas mauvais de s'adresser aussi, de temps en temps -surtout quand ils sont chrétiens.

Faut-il rappeler que l'amour est d'abord celui du prochain avant que d'être celui du lointain ? Il est vrai que le premier est souvent le plus difficile que le second...

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