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jeudi, 14 novembre 2013 16:21

François Hollande et la Grande Guerre : vers une instrumentalisation politique de notre mémoire collective

Écrit par 

par Karim Ouchikh
Président exécutif du SIEL - Administrateur du RBM

francois-hollandeLa gauche est décidément incorrigible. Toute occasion est bonne à prendre pour détourner à son avantage la moindre commémoration historique. Les prochaines célébrations du centenaire de la Grande Guerre n’échapperont pas à cette pente fatale. Nul n’ignore en effet que François Hollande entend désormais s’approprier politiquement les célébrations de la guerre 14-18 dont il a préparé minutieusement l’organisation : il en détaillera le contenu, ce jeudi 7 novembre, dans son allocution pour le lancement des commémorations du Centenaire de la Première guerre mondiale. On en discerne déjà le fil conducteur : les nations y seront subtilement dénigrées pour mieux porter aux nues une construction européenne aujourd’hui en perte de vitesse.

Les éléments de langage sont prêts. On mettra forcément en avant la « face cachée » de la Grande Guerre, – des « mutins fusillés » aux « enrôlements forcés » des troupes coloniales, qu’il convient dans les deux cas de réhabiliter -, pour mieux dénoncer un sentiment patriotique hâtivement assimilé à un militarisme sanglant. On rappellera ad nauseam que l’Union sacrée aura été un mouvement d’unité nationale dévoyé, abusivement détourné par des états-majors bellicistes insensibles au sort de leurs soldats. En un mot comme en cent, pour reprendre ici le propos équivoque lancé par François Mitterrand, on affirmera sans détour : « le nationalisme, c’est la guerre ».

D’un point de vue idéologique, ce message a valeur subliminale. Les Nations constituent aujourd’hui, selon la doxa socialiste, une forme d’expression politique historiquement dépassée, de la même façon que les Etats, – qui en sont la traduction institutionnelle -, sont condamnés tôt ou tard à disparaître. Le temps des Etats étant révolu, la France doit donc s’effacer à présent au bénéfice de cette nouvelle parousie, l’Europe, seul horizon politique désormais fidèle au sens de l’Histoire. Au prix d’une supercherie intellectuelle d’une redoutable efficacité, l’Union européenne, réalité institutionnelle contingente, sera outrageusement assimilée à l’Europe, réalité historique, géographique et culturelle dissemblable. Comme il n’existe pas de petits profits en politique, François Hollande et ses acolytes n’hésiteront pas au passage à égratigner habilement Marine Le Pen et le Front National, censés incarner à leurs yeux le chauvinisme réactionnaire, le racisme latent et la régression perpétuelle… A vrai dire, nos compatriotes ne seront pas dupes d’une grossière instrumentalisation politique qui sera menée à des fins idéologiques, dans les mois à venir, par un chef de l’Etat impopulaire, incapable aujourd’hui de conduire avec autorité et discernement les affaires de la France.

A quelques mois du centenaire de la Grande Guerre, nul ne saurait méconnaître la dimension effroyable d’un conflit qui infligea à notre pays une saignée démographique sans précédent et qui inaugura aussitôt d’une séquence historique tragique qui devait se clore dans la barbarie en 1945. Mais il importe tout autant de ne jamais négliger la réalité d’un élan patriotique authentique qui mobilisa cinq ans durant, face à l’ennemi commun, des millions d’hommes qui firent litière, dans la solidarité des tranchées, de leurs différences sociales, idéologiques ou religieuses, sans autrement oublier le dévouement admirable de ces femmes innombrables qui furent pareillement enrôlées pour soutenir à l’arrière l’immense effort de guerre.

Le sacrifice insigne de nos soldats morts au champ d’honneur pour défendre l’intégrité des frontières de la patrie, ne saurait être ni flétri, ni méprisé. Sans se soumettre au moindre esprit de repentance, ni de revanche, la France doit donc porter un regard lucide vers ce passé douloureux qui seul lui permettra d’œuvrer plus que jamais au rapprochement pacifique des nations européennes, autrefois ennemies.

En respectant dignement, à l’égal de tous nos compatriotes, une réalité historique d’une infinie complexité, François Hollande se hisserait en définitive à la hauteur des devoirs de sa charge, s’épargnant pour une fois un manichéisme idéologique dont il est tristement coutumier.

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