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lundi, 12 mars 2012 01:18

Les deux minotiers de la République

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SIEL sarko et hollandeSur la question européenne, méthodiquement évacuée de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy et François Hollande sont de mèche. Depuis toujours. L'un affiche la couleur de ses convictions, tel un fier-à-bras, l'autre avance masqué, à son habitude. L'un soutient ouvertement le système européiste, l'autre prétend le combattre. Les deux abusent pareillement les Français.

Un compagnonnage occulte entre deux adversaires politiques déclarés, comment cela est-il possible ? Les faits sont pourtant là. Du soutien sans faille aux traités européens, - de l'Acte Unique au traité de Maastricht, de la défunte Constitution Giscard au Traité de Lisbonne - en passant par l'appui inconditionnel à l'Euro, sans oublier la plupart des textes européens qui, au Parlement de Strasbourg, sont votés depuis toujours en des termes identiques par l'UMP et le PS, les preuves à charge s'accumulent, attestant de la même connivence politique.

En vérité, un puissant dessein idéologique les anime semblablement : la conviction, partagée par les intéressés jusqu'à l'aveuglement, que l'avenir de l'Europe ne peut se concevoir qu'au prix de la disparition progressive des Etats du continent européen, appelés à se fondre irrésistiblement dans un ensemble politique centralisé, uniforme et autoritaire. C'est le tribut à payer, nous dit-on, pour que la France puisse demain embrasser son nouveau destin, post-national, auquel notre peuple se doit d'aspirer, de gré ou de force !

Mais, objectera-t-on, nos deux compères ne se sont-ils pas affrontés ces derniers jours, au sujet de la ratification parlementaire du Mécanisme Européen de Stabilité, dit « MES », rédigé en catimini par Angela Merkel et le président français, sous les oukases de Berlin ? Sur ce texte - qui imposera demain à la France des politiques d'austérité, la récession et le chômage massif, en dépossédant notre pays de sa souveraineté budgétaire et financière - l'UMP a voté pour son adoption tandis que le PS a fait mine de s'y opposer farouchement en s'abstenant lors du vote à l'Assemblée nationale, non sans clamer, ici ou là, la détermination de François Hollande à vouloir remettre à plat ce traité de discipline budgétaire, au lendemain des élections présidentielles.

La belle affaire ! En se proposant de renégocier ce traité pour lui adjoindre un « pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance », le faux rebelle de la rue Solférino veut faire croire à tous qu'il se dresse seul contre les dérives de l'Europe libérale. Mais derrière la fière posture, qui ne masque guère l'isolement du candidat socialiste sur la scène européenne, la funeste réalité est bien là : avec constance, François Hollande affirme sans détours, comme pour mieux rassurer les marchés internationaux et les agences de notation, qu'il n'abrogera pas le MES s'il devait accéder à la fonction suprême, pas plus qu'il n'entend, aujourd'hui comme demain, remettre en cause le traité de Lisbonne, matrice libérale de fer qui inspire et encadre pourtant l'actuelle construction européenne.

Au fond, le « pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance » proposé par le fils spirituel de Jacques Delors n'est pas autre chose que de la poudre aux yeux, car ce texte, - s'il devait être avalisé demain par les chancelleries européennes, pour donner un os à ronger aux Français qui se seraient laissés bernés par les promesses socialistes - n'aurait en réalité aucune autorité politique véritable, ni force juridique contraignante, à la différence du traité de discipline budgétaire qui imposera sous peu la mise sous tutelle brutale par Bruxelles de nos finances publiques.

Cela, François Hollande ne l'ignore pas, lui qui a été à la bonne école de la duplicité politique, celle dispensée en l'occurrence par Lionel Jospin. Les Français devraient ainsi se remémorer l'épisode éclairant du Pacte de stabilité et de croissance, - dont l'architecture générale, voulue par les Allemands, avait été arrêtée en décembre 1996 - que l'ancien patron du PS d'alors n'avait cessé de dénoncer lors des législatives de 1997, tout en promettant d'en renégocier promptement les termes....

Sitôt arrivé à Matignon, Lionel Jospin devait subir, comme il fallait s'y attendre, la formidable pression des capitales européennes, qui usèrent abondamment du chantage en invoquant alors le risque de déstabilisation de l'Euro que les menaces françaises faisaient peser sur sa mise en place. Tournant casaque en quelques jours, le premier ministre socialiste annonça à ses partenaires, lors du sommet d'Amsterdam du 17 juin, son intention de parvenir à l'Union monétaire selon le calendrier prévu, sans envisager si peu que ce soit la moindre renégociation... En contrepartie, l'Allemagne accepta de convoquer un sommet extraordinaire pour l'emploi, pour la fin de l'année, qui accoucha, dans ses maigres conclusions, d'un chapitre incantatoire, intitulé « Emploi, compétitivité et croissance » qui n'eut guère d'effet pratique depuis lors. Un marché de dupes en somme....

Pour l'heure, Nicolas Sarkozy soutient avec force détermination la mise en place du MES, - qu'il s'est bien gardé de soumettre au vote référendaire de nos compatriotes - en n'ignorant certainement pas que ce carcan européen enfoncera encore davantage la France dans la crise économique. Tout en partageant le même attachement suicidaire au MES, François Hollande tente, de son côté, de vendre à nos compatriotes, avec son pacte fumeux, une solution ''miracle'' dont il connait par avance la vacuité manifeste. Cette grotesque comédie ne doit rien au hasard. Endossant tout à tour, fort pitoyablement au demeurant, la panoplie du parfait minotier, les deux représentants du système UMPS s'appliquent depuis des lustres à rouler délibérément les Français dans la farine, en invoquant, l'un comme l'autre, les mannes du dogme européiste.

A l'évidence, ces petits jeux politiciens, si stériles, n'auront qu'un temps, car nos compatriotes auront tôt fait d'ouvrir les yeux et de comprendre enfin que ni François Hollande, ni Nicolas Sarkozy n'offrent sérieusement à nos compatriotes la moindre alternative politique sur la question européenne. Si au surplus chacun admet, du point de vue de la nécessaire unité des forces patriotiques de ce pays, que Jean-Luc Mélenchon demeure, même s'il s'en défend, le grossier porteur d'eau du PS et que l'estimable Nicolas Dupont Aignan s'égare à persévérer dans une aventure individuelle, fatalement vouée à l'échec, seule Marine Le Pen est donc véritablement en mesure de proposer aux Français, en l'appliquant avec détermination et sincérité, une autre politique européenne fondée aussi bien sur le respect de la souveraineté des Etats que de l'indépendance des peuples qui les composent. A quelques semaines du premier tour des présidentielles, il est plus qu'urgent de l'admettre unanimement.

Karim Ouchikh

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