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samedi, 06 juin 2015 20:10

Vincent Lambert : la CEDH a voté la mort

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La Cour européenne des droits de l’homme a validé, ce vendredi 5 juin, l’arrêt des soins à Vincent Lambert, estimant que sa mise en œuvre ne violerait pas le droit à la vie du tétraplégique. Par 12 voix contre 5, l’arrêt estime qu’il n’y aurait pas violation de l’article 2 de la Convention européenne des droits de l’homme, régissant le droit à la vie, en cas d’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation de Vincent Lambert. 

Il n’est pas question, ici, de nous lancer dans des débats d’ordre juridique, laissons les batailles d’experts médicaux et les bataillons de juristes s’intéresser au « cas » Lambert Et revenons à l’homme.

Penchons-nous de manière simple, pas simpliste, sur cette décision et ses conséquences. Remettons l’humain au centre.

La CEDH estime donc par cette décision que cesser d’alimenter et d’hydrater un être vivant ne constitue pas une violation du droit à la vie. 

Il est des contorsions juridiques que nos facultés mentales ont du mal à concevoir. 

Quel être vivant, et de surcroît humain, peut survivre sans eau ni nourriture ? Ni vous, ni moi, ni lui.

Qu’a donc fait Vincent pour mériter une telle sentence, à savoir mourir lentement de faim et de déshydratation ? À l’heure où la science fabrique des cœurs entièrement artificiels.

Il est tétraplégique depuis des années et en état dit « végétatif » : terme poétique dont se pare le genre humain quand il veut s’éloigner de ce qui constitue ses fondements même.

Et ça fait trop longtemps que cela dure.

Quant aux larmes qu’il verse, aux mains qu’il serre parfois ou ses clignements d’yeux, les experts en ont conclu à des réflexes. Tiens, les végétaux ont des réflexes ? 

Quel délai doit-on alors donner à un tétraplégique avant d’estimer que cela traîne en longueur et cesser de l’alimenter ?

Car ici, on ne parle pas de traitement médical que la société en mal d’économies pourrait avoir à lui reprocher. Non : on parle de boire et de manger. 

Et ces notions sont aussi basiques qu’elles sont vitales à chacun d’entre nous. Mais dorénavant plus à Vincent, la justice est passée. Et se targue dans un sursaut d’orgueil (ou élan de culpabilité ?) d’avoir respecté la vie dans son arrêt. En prononçant la mort.

Vincent Lambert n’avait pas laissé d’écrit mentionnant ses dernières volontés. La justice s’est donc chargée de rédiger son testament, là où même des proches, telles sa mère ou son épouse, avaient des opinions contradictoires. 

Malheureusement, ce cas particulier et tellement dramatique ne fait qu’asseoir la notion de culture de mort que l’on souhaite banaliser. Jusqu’à Bruxelles. 

Du suicide médicalement assisté à la mort par déshydratation, c’est toute l’espèce humaine et son respect qui sont violentés. 

À heure ou nos bien-pensants post-68 se targuent d’une avancée énorme des droits de l’homme dans l’abolition de la peine de mort, d’autres peines sont prononcées. Où la sentence de l’homme en condamne un autre.

La mère de Vincent mentionnait que « toute vie méritait d’être vécue », celle de son fils également. La CEDH a trouvé d’autres arguments pour contrebalancer cette déclaration de bon sens et d’amour.

Et déjà le matraquage funeste et impudique de nos médias, enthousiasmés par cette décision, nous rapporte des sondages (RTL) ou seuls 10 % (!) des personnes interrogées seraient contre. 

Un dernier petit coup d’intox pour la route à grand renfort de scores staliniens. Au diable la pudeur.

La sœur de Vincent Lambert souhaitait, par ce verdict, que sa « volonté soit faite ».

Sur la terre peut-être. Mais il en faut, de l’audace, pour trouver la paix dans cette décision. 

Et Vincent a gagné son Ciel.

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Anne-Sophie Désir

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