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dimanche, 05 juillet 2015 13:14

Ce que révèle l’affaire Électre

Écrit par  Jean-Louis de Morcourt

Le 17 Juin dernier, Électre, militante nationaliste et par ailleurs actrice pornographique, taguait la fresque intitulée « les françaises aux africains » du collectif M.U.R., action filmée et revendiquée sur les réseaux sociaux. Le fait que malgré un soutien massif des militants de la droite nationale, en particulier celui du président du SIEL Karim Ouchikh sur Twitter, certains catholiques aient condamné cette action en raison du pedigree de son auteur en dit long sur l’état d’esprit fin de race qui est le leur aujourd’hui.

Le familialisme, hérésie du catholicisme

Sous un aspect superficiel, cette polémique est caractéristique d’une dérive hérétique de nombreux catholiques contemporains : le familialisme, très bien décrite par le chroniqueur Lucien Zéléa. La doctrine politique du catholicisme est basée sur l’unité de la société, idéalement incarnée dans la personne du Roi, comme l’a développé St Thomas d’Aquin, ainsi que dans une version purement politique Charles Maurras. Politiquement, la doctrine de l’incarnation personnelle, base du catholicisme, n’est viable que si elle est prolongée par l’incarnation politique. En cela, ce n’est pas le respect des valeurs morales qui est un objectif en soit, mais le service du corps politique, le respect du corps humain n’ayant de sens que s’il est au service de son prolongement spirituel qu’est le corps politique.

« les dévots ne connaissent de crimes que l’incontinence [la luxure], parlons plus précisément, que le bruit ou les dehors de l’incontinence » écrivait déjà La Bruyère il y a plus de trois siècles, cité par le chroniqueur Flavien Blanchon dans un article ayant fait date. Au vu des réaction indignes suscitées par l’action d’Électre, on est en droit de se demander si la hargne hystérique au sens propre que mettent certains à défendre l’intégrité de la personne humaine, étendue à la famille, n’a pas pour objectif de masquer une totale indifférence vis à vis du corps politique. Il devient de plus en plus flagrant que la chasteté charnelle prêchée ad nauseum par certains de nos mythomanes « TMPR » n’a pour objectif que de masquer la sodomie spirituelle que subit loi après loi leur corps politique depuis plusieurs décennies. On peut néanmoins comprendre que pour certains gentils petits lombrics sans prétention autre que de trouver une paroissienne à faire pondre, le succès d’une Électre puisse être ressenti comme un affront envers le seul ersatz de fierté qui est le leur au sein du vivarium paroissial. « J’ai professé très haut en tous lieux le plus violent et haineux mépris à l’endroit de ces gens-là, qui n’ont cessé d’être des crétins que pour devenir des crapules », écrivait en 1942 l’écrivain Lucien Rebatet dans son livre Les Décombres.

L’impensé du Pouvoir ou le tropisme vichyste de la France bien élevée

Au cours du Printemps 2013, la France bien élevée a été régulièrement qualifiée de vichyste par nos adversaires. Cette accusation n’est pas dénuée de fondements, mais pour des raisons exactement inverses de celles qu’ils invoquent.

Comme le montre le politologue Patrick Buisson dans son livre 1940-1945 années érotiques, le régime de Vichy peut être qualifié de « réaction impuissante », celle-ci étant tout autant affichée dans les mots qu’absente dans les faits en raison de l’absence d’un Pouvoir confisqué par l’occupant allemand. Privée de toute force coercitive, « la France vichyssoise a donné le spectacle le plus archaïque et le plus bêtifiant de réaction, avec romanciers régionalistes, félibres, tutu-pampans, bonshommes crayonnés par les petits enfants pour Grand-Papa gâteau, boy-scouts, curés- clairons et primauté du spirituel », comme le dénonçait Rebatet il y a plus de soixante-dix ans. De ce point de vue, l’attitude d’une certaine France bien élevée contemporaine n’a pas grand chose à envier à « cette mortelle gribouillerie appelée politique de la dignité, faite de moue enfantine, de sordides intérêts bancaires et de gâtisme halluciné » stigmatisée par Rebatet.

« Je voudrais bien dire que je fais partie de cette civilisation chrétienne et que j’en suis fier, mais je ne suis pas homosexuel. Je refuse de me déshonorer avec ces gens-là ! », déclarait le sociologue Alain Soral. Vis à vis du Pouvoir (Phallus en grec), toute personne ou corps politique n’a le choix qu’entre deux attitudes : l’incarner soit-même, ou se soumettre de facto à un pouvoir extérieur. « La fierté est ce vers quoi tend le masculin, la dignité ce vers quoi tend le féminin », rappelait un psychologue. Le fait que la première n’ai été invoquée qu’à de très rares exceptions au cours du mouvement du printemps 2013, à contrario de la seconde assené à grand renfort de prêches sur la dignité humaine au cours des Manif pour tous, est lourd de sens. « La principale qualité en politique n’est pas le courage, c’est l’indifférence » rappelait François Mitterand. L’accession à des responsabilités ministérielles étant la preuve d’une maîtrise certaine du jeu politique à défaut des dossiers, on peut raisonnablement supposer que nos adversaires ont cette capacité d’indifférence vis-à-vis notamment des objecteurs de conscience qui font le pied de grue devant les ministères. Suite aux réactions lèvres et culs pincés de nos Savonarole en culottes courtes suite à l’action d’Électre, combien de militants potentiels auront-ils renoncés à rejoindre ce qui ressemble de plus en plus à un syndic de faillite ?

Retrouver une éthique du combat

Selon le principe de la Dialectique du maître et de l’esclave de Hegel, le maître se caractérise contrairement à l’esclave par le fait d’assumer au moins symboliquement la mort, en étant prêt à la recevoir et à la donner. Le catholicisme n’est devenue religion dominante en France que parce que certains parmi nos aïeux ont été prêts à tuer et à mourir pour le modèle anthropologique qu’il représente, ni plus ni moins. Dit autrement : les valeurs d’une personne n’ont aucune valeur intrinsèque, elles ne valent politiquement que le prix qu’elle met à les défendre. La question de savoir si les colombes peuvent transporter des fioles d’huile sainte et les hirondelles des noix de coco est sans doute très intéressante au plan théologique, mais disons clairement qu’elle n’a pas sa place en politique.

La vision que donne Michel Houellebecq dans son livre Soumission de l’évolution du rapport de forces politique en France, opposant le Front National à l’islam politique avec des catholiques réduits à un rôle de harkis de l’un ou de l’autre, est à cet égard sans équivoque. Ce qui s’est passé lors du mouvement du printemps 2013, lorsque la France bien élevée a été contrainte de se mettre à la remorque de militants professionnels qu’elle méprise par ailleurs, n’aura été qu’un avant goût de ce qui l’attend à l’avenir si elle ne change pas sa perception des choses. Concrètement : si la France bien élevée en reste à sa grille de lecture actuelle, l’alternative qui sera la sienne d’ici dix à vingt ans sera entre la passe gratuite avec les Marine, Florian et Électre, ou alors la tournante avec les Mouloud, Rachid et Mohammed. Dans les deux cas, son rôle se limitera à fournir des combattants et à assurer l’intendance, et ne lui permettra aucunement de revendiquer un quelconque droit de préséance que seul son ritualisme paroissial, inopérant en situation de crise, lui permet pour l’instant de conserver.

Conclusion : Politique d’abord

« Je viole Sarkozy dans son propre intérêt » déclarait l’ex-conseiller élyséen Patrick Buisson, cité par Philippe Cohen et Laureline Dupont dans leur livre C’était pas le plan. De même, comme je l’avais dit dans un article ayant suscité une polémique salutaire, forcer la France bien élevée à regarder les choses telles qu’elles sont est la condition indispensable à sa survie politique, fusse au prix de sa mauvaise conscience. Entretenir les Thérèse Desqueyroux se prenant pour Lysistrata dans leur fantasme virginal, en leur laissant imaginer qu’avoir le caca des couches culottes sur les doigts les dispensera d’avoir du sang sur les mains, ne serait pas leur rendre service.

Disons les choses clairement : il ne s’agit pas de faire un exemple du mode de vie d’Électre, mais de le prendre pour ce qu’il est : un cas particulier n’ayant pas vocation à être généralisé, ce qu’elle-même ne demande pas du reste. On ne rappellera jamais assez que dans la scène finale du Camp des Saints de Jean Raspail, l’un des vingt derniers résistants est un tenancier de bordel clandestin. Il n’y a aucune contradiction entre vivre en marge d’une civilisation et ne pas avoir envie qu’elle disparaisse.

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