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mercredi, 10 février 2016 09:15

"Marine Le Pen a tourné le dos à une alliance avec la droite patriote"

Écrit par  Minute

« Le FN refuse toute alliance avec la droite patriote. C'est pourtant la seule clé du succès pour 2017. Une correction de tir s'impose. » Ainsi était formulé le tweet que Karim Ouchikh, président du SIEL, parti associé au Rassemblement Bleu Marine, a diffusé au lendemain du séminaire du FN auquel il participait le samedi comme invité extérieur. Nous l’avons donc contacté pour comprendre à quoi il faisait allusion. Il nous a répondu et expliqué. Franchement.

Karim Ouchikh : Je me suis présenté à ce séminaire comme toutes les personnes invitées, en qualité de président du SIEL et d’administrateur du Rassemblement Bleu Marine qui est, il faut le dire, un astre politique mort.
Durant les vingt minutes qui m’étaient imparties, j’ai tenu un discours simple. Je fais le constat, comme beaucoup de nos compatriotes, qu’il manque au Front national entre 8 et 10 % des voix à chaque élection. Or chacun constate, au soir du premier tour, que le Front national ne possède pas de réserve de voix. La question est donc : comment élargir ce socle du premier tour ?
La stratégie du « ni droite ni gauche » a été un succès en direction de l’électorat de gauche puisqu’elle a permis de siphonner les voix des partis de gauche, du PS, du PCF et même du Front de gauche, et je m’en réjouis. Mais elle a atteint ses limites. Maintenant, si l’on veut que les candidats du Front national progressent davantage au second tour, il faut aller chercher l’électorat de droite. C’est là qu’existe un espace, dans ce que j’appellerai, par souci de simplification, le « bloc villiériste », qu’il nous appartient de structurer.
J’ai indiqué que, de mon point de vue, il était indispensable de constituer une force nouvelle, une coalition droitière pour la présidentielle, sur des thématiques clairement de droite, c’est-à-dire qui soit souverainiste sur le plan institutionnel, conservatrice sur le plan sociétal et libérale sur le plan économique. C’est la grammaire de l’Union démocratique du centre (UDC), en Suisse, que nous devons transposer en France. C’est ce à quoi œuvre Robert Ménard, qui va réunir fin mai à Béziers ces patriotes qui ont le cœur à droite.
Partant de cette volonté, j’ai dit à Marine Le Pen qu’il serait bon de recevoir, sinon l’imprimatur, du moins le soutien, ou a minima les encouragements du Front national, ce qui implique que le FN accepte de modifier sa ligne stratégique car le « ni droite ni gauche », ça suffit.
Dans le cadre de l’élection présidentielle, Marine Le Pen doit être capable de rassembler très largement. Un espace politique a été négligé ces dernières années, ai-je dit, car les questions sociétales n’ont pas été abordées correctement, les questions économiques ne l’ont été que sous l’angle étatique qui rebute l’électeur de droite, et les questions européennes le sont de façon très anxiogènes : il me paraît préférable de parler de révision des traités plutôt que de sortie de l’Union européenne !
Je n’imaginais pas que Marine Le Pen me dirait tout de go : « Je suis d’accord ! » J’espérais néanmoins qu’elle pourrait envisager de soumettre cette proposition à un processus de réflexion au cours du semestre. Cela n’a pas été le cas. Elle m’a répondu poliment : « Je te souhaite bon courage. » Je l’ai compris comme l’ont compris tous les gens présents : elle a fermé la porte ; elle a tourné le dos à cette alliance avec la droite patriote. Je considère que c’est une erreur stratégique.
La stratégie choisie, celle du maintien du statu quo avec des ajustements cosmétiques, ne va pas créer de dynamique dans l’électorat de droite. D’autre part, elle n’amplifiera pas sa croissance électorale en poursuivant sa conquête « par croissance interne », conquête faite de ralliements individuels considérés comme des prises de guerre.
Il faut absolument créer une force nouvelle avec ce « bloc villiériste » et ce n’est pas le RBM, astre mort comme je vous le disais, qu’on y arrivera. Le RBM présente de plus deux autres écueils : premièrement, il est trop associé au Front national ; deuxièmement, il n’y a jamais eu de débat au sein du RBM : je suis bien placé pour le savoir puisque j’en suis un des administrateurs. Il faut sortir du RBM et créer quelque chose de nouveau.
Cela posé, le SIEL continue et j’aspire toujours à convaincre Marine Le Pen du bien-fondé de cette démarche. Je me donne six mois pour y parvenir. Nous verrons fin juin. Cela laisse le temps à Marine Le Pen, et au bureau politique du FN, de reconsidérer sa stratégie ou pas.

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