Imprimer cette page
lundi, 21 mars 2016 14:14

Oui à une force souverainiste, conservatrice, oeuvrant pour l’épanouissement des libertés

Écrit par 

Karim Ouchikh est le nouveau président du SIEL, ce parti politique fondé par Paul-Marie Couteaux, qui a fait alliance avec le Front national. Il a répondu avec une grande ouverture à nos questions, les plus politiques comme les plus personnelles. Sa présence dans le débat politique aujourd’hui a une puissance symbolique qui devra se manifester avec éclat au cours de la campagne présidentielle.

Pensez-vous que les attaques terroristes de l’année 2015 – 7 et 9 janvier, 13 novembre – ont contribué à ramener en France une forme de patriotisme ?
Dans l’état de déliquescence morale de beaucoup de nos compatriotes, plus que jamais en quête d’un hédonisme personnel ou d’un confort matériel étriqué, je crains que le patriotisme ne soit encore rangé parmi les dispositions d’esprit jugées ringardes : même si des signes encourageants apparaissent ici ou là (par exemple, la hausse des recrutements parmi nos forces de l’ordre et nos armées), j’ai constaté de manière significative que bien peu de Français avaient accepté, lors du premier “anniversaire" des attentats de janvier 2015, de pavoiser leurs fenêtres ou leurs balcons de drapeaux tricolores, en dépit des fortes consignes gouvernementales.
À la peur collective immédiate qui a suivi les attentats, a succédé en réalité une radicalisation des consciences : les Français comprennent que le communautarisme islamique est bien à la racine du terrorisme et qu’il en constitue même le vivier naturel. Les attentats de 2015 ont accouché chez nos compatriotes moins d’un renouveau patriotique que d’une lucidité nouvelle.

Vous vous dites souverainiste. Êtes-vous de ceux qui, comme Jacques Sapir, établissent une opposition entre la défense de la souveraineté de l’État et la préservation d’une identité sociale française ?
Ma conception de la souveraineté est fort éloignée de celle de Jacques Sapir, lequel défend, dans le sillage d’un Jean-Pierre Chevènement, une approche au fond assez “académique’’ de l’indépendance de la France. Dans une vision patriotique de gauche, quelque peu hémiplégique, la souveraineté est un combat politique qui vise à recouvrer les attributs de la souveraineté de la France, sans lesquels notre pays ne saurait maîtriser véritablement son destin (souveraineté territoriale contre Schengen ; souveraineté monétaire contre l’euro ; souveraineté normative contre le gouvernement des juges européens ; souveraineté budgétaire contre la Commission de Bruxelles ; souveraineté militaire contre l’OTAN…).
Pour ma part, je complète ce combat indispensable par une lutte politique. Il s’agit de sanctuariser l’autorité de l’État contre les atteintes que lui portent perpétuellement les féodalités intérieures (médias, syndicats, Éducation nationale, baronnies politiques…). Il faut aussi préserver les grands équilibres ethnico-culturels de notre pays. Sur ce dernier point, il ne sert à rien selon moi de vouloir rapatrier à Paris les attributs de notre souveraineté nominale si, dans le même temps, notre peuple et notre modèle de civilisation s’évaporent sous l’effet délétère conjugué du Grand remplacement et de la société de consommation, ces deux phénomènes destructeurs qui tendent à faire disparaitre les repères ancestraux qui structuraient notre société. Protection de notre souveraineté extérieure, préservation de l’autorité de l’État, sauvegarde de notre modèle de civilisation : c’est à ce combat indivis pour la défense de notre souveraineté intégrale (qui se conçoit surtout parmi nos compatriotes qui ont le coeur à droite), que je consacre tous mes efforts dans mes engagements politiques quotidiens.

Vous ne faites pas mystère de votre conversion au christianisme : est-ce un geste civilisationnel ou identitaire justement ? Ou bien est-ce un acte spirituel et personnel ?
Toute conversion religieuse, surtout lorsqu’elle se produit à l’âge adulte, est le fruit d’un cheminement spirituel intérieur, dont les ressorts intimes sont parfois mystérieux. Né au sein d’une famille musulmane, peu pratiquante, j’ai eu la grâce de rencontrer, sous le pontificat de Jean-Paul II, certaines personnes dont la foi rayonnante m’a immédiatement ébloui mais aussi de vivre, interloqué, l’édition 1997 des JMJ de Paris en étant littéralement ébranlé par la vitalité religieuse des milliers de pèlerins venus des quatre coins du monde dont j’ai croisé le chemin dans les rues de la capitale. Ces expériences troublantes m’ont bouleversé intérieurement et m’ont mené, au prix d’un long et patient travail de discernement réalisé sous la conduite éclairée de prêtres et de laïcs, vers un merveilleux catéchuménat qui fut l’occasion pour moi d’acquérir un indispensable enseignement spirituel mais aussi d’accéder à la découverte d’une civilisation chrétienne dont je ne soupçonnais que très peu auparavant la richesse infinie. J’ai eu le grand bonheur de rencontrer fortuitement, le 6 mars dernier, à l’occasion de la consécration de l’église chaldéenne Saint-Jean-Apôtre d’Arnouville (95) à laquelle j’assistais, le père Philippe Dorizon et Mgr Jean-Yves Riocreux, le prêtre et l’évêque qui m’administrèrent successivement le sacrement du baptême et celui de la confirmation.
Sans brandir cette conversion comme un étendard “identitaire’’, il est de mon devoir de chrétien de témoigner de cette expérience spirituelle qui m’a profondément transformé, pour en partager les fruits lorsque naturellement la demande m’en est faite. Indépendamment de l’exercice personnel de ma foi, il est certain que mon entrée dans l’Église catholique, – qui ne fut pas sans conséquences familiales douloureuses –, me fait toucher du doigt la réalité d’un univers culturel chrétien qui s’érode quotidiennement peu à peu, dans les plis de notre conscience collective, sous les assauts d’un islam décomplexé qui tend à imposer sa vision du monde et des modes de vie anxiogènes.

La classe politique, selon vous, prend-elle la mesure des chocs en tous genres que subit le peuple français, de plus en plus conscient de sa perte de souveraineté et d’un véritable déclin national ?
La classe politique est essentiellement préoccupée par le pouvoir, les avantages qu’on en retire, la nécessité vitale d’une réélection quand on n’a pas de vrai métier. Les jeux politiciens, le narcissisme des écrans et des micros, un certain nombre de préjugés à la mode plus ou moins idéologiques, mais facilités par l’inculture envahissante et le désir de “coller” avec la pensée unique des médias tissent l’essentiel de l’activité politicienne. Un grand nettoyage de printemps s’impose. Le débat grotesque sur la déchéance de nationalité est révélateur. Un traître qui a une autre nationalité perd sa nationalité française. Un traitre français à part entière est frappé d’indignité nationale mais ne devient pas apatride. C’est une honte et un scandale que d’avoir fait de cette question un problème. J’avoue avoir regretté de ne plus être à l’Assemblée pour dire ce que je pense des tristes personnages qui trahissent un peuple qu’ils disent représenter.

Vous avez commencé à faire de la politique en prenant votre carte au PS. Etait-ce une autre manière de servir la France ou une erreur de jeunesse ?
Né à Saint-Maurice (94) en 1965 de parents d’origine kabyle, j’ai vécu au sein d’une famille modeste installée en France dans les années 60, – à leurs débuts, mon père était ouvrier fraiseur et ma mère femme de ménage –, qui n’avait pas de conscience politique particulière. Dans la cité HLM de la banlieue de Gonesse où j’ai grandi, la gauche était fortement présente et la droite inexistante. Tous les ingrédients étaient donc réunis pour que mes premiers pas en politique se fassent naturellement à gauche : mon engagement politique s’est concrétisé en 1995 lors de mon entrée dans l’équipe municipale socialiste du député-maire actuel de Gonesse qui venait alors de remporter le scrutin. Les contraintes politiques étant ce qu’elles furent, j’ai été amené à prendre une carte au PS, sans enthousiasme particulier ; je pense d’ailleurs ne pas avoir laissé auprès de la section locale un souvenir militant considérable... Moins de dix après, je devais quitter le PS, compte tenu de l’intensité de mes désaccords idéologiques avec la gauche sur les questions européennes et sociales, pour embrasser les idées souverainistes qui correspondaient à la réalité profonde de mes convictions politiques. En un mot comme en cent, mon bref engagement au PS fut donc le fruit de circonstances largement déterminées par mon environnement familial et social de l’époque.

Pourquoi selon vous la droite parlementaire continue à avoir un discours social-démocrate ? Pourquoi n’emboîte-t-elle pas le pas à ses électeurs ? Où est le blocage ?
Depuis la Révolution française, la gauche exerce sur la droite parlementaire une fascination politique durable, qui ne s’est jamais démentie depuis les débuts de la Ve République. À la différence de Margaret Thatcher, à l’origine de la fameuse révolution conservatrice britannique, aucun dirigeant politique français d’envergure n’a osé véritablement rompre avec ce corset idéologique qui empêche la libre expression sur notre sol des idées authentiquement de droite. À cette première explication s’ajoute le poids de la puissance publique qui, dans ses différentes composantes (État, collectivités locales…), nourrit des clientèles politiques captives (fonctionnaires, syndicats) qui sont autant de relais d’opinion influents qui pèsent considérablement dans le débat politique.
Sur l’échiquier politique français, occupant un espace singulier entre LR et le FN, il existe pourtant une force politique d’une puissance inouïe, dont on ne mesure pas suffisamment le potentiel électoral. J’ai coutume de désigner cette force sous le vocable de “bloc villiériste", une force qui ne se réduit pas à la seule personne du fondateur du Puy-du-Fou, mais que ce dernier incarne avec un immense talent : souverainiste au plan institutionnel, conservatrice sur les questions de société, oeuvrant pour l’épanouissement des libertés, notamment sur un registre économique, ce bloc politique pèse, selon moi, entre 8 et 15 % du corps électoral français et ne demande qu’à se structurer et se mobiliser, surtout au lendemain des formidables rassemblements de LMPT qui ont donné naissance à toute une génération de femmes et d’hommes désireux de s’engager activement dans l’action publique. La dynamique conservatrice qui s’étend partout en Europe (Grande-Bretagne, Suisse, Hongrie, Pologne…) a vocation, tôt ou tard, à s’enraciner également en France.

Marine Le Pen va-t-elle pouvoir incarner ce virage à droite de la société française ou risque-t-elle au contraire d’en empêcher la réalisation politique ?
À l’occasion du séminaire de réflexion du FN des 5, 6 et 7 février, j’ai particulièrement insisté sur la nécessité pour Marine Le Pen d’incorporer à son discours politique les sujets de société qui préoccupent réellement nos compatriotes (notamment ceux qui votent traditionnellement à droite), au premier rang desquels les questions qui concernent notre socle anthropologique d’essence chrétienne (modèle familial classique, loi Taubira, GPA/PMA, fin de vie…).
Dans une stratégie de second tour, qui nécessite pour le FN de disposer d’une réserve de voix qui lui manque trop souvent, Marine Le Pen doit fidéliser et ‘‘arrimer’’ à sa personne cet électorat conservateur qui fera la différence aux présidentielles. Cette dynamique électorale passera soit par une alliance, ouvertement assumée, avec les forces de la droite conservatrice, appelées elles-mêmes à se structurer, soit par une prise en compte, dans le programme présidentiel de la patronne du FN de propositions politiques authentiquement de droite. Je n’ai pas la prétention de modifier la ligne politique actuelle du FN, mais simplement de la pondérer d’un point de vue idéologique

Propos recueillis par l’abbé G. de Tanoüarn

Informations supplémentaires

Lu 3289 fois
Karim Ouchikh

Président du SIEL,
Conseiller municipal et d’agglomération de Gonesse,
Conseiller régional Ile-de-France.

Réseaux sociaux

Derniers textes de Karim Ouchikh