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jeudi, 03 novembre 2016 19:08

Entretien avec Karim Ouchikh, Président du SIEL : « Ma capacité à avaler des couleuvres a atteint ses limites »

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Minute : Le 10 octobre dernier a eu lieu au siège du FN, à Nanterre, une réunion de conciliation entre les directions du FN et du RBM d’un côté, celle du SIEL de l’autre. Quels étaient les griefs réciproques ?

Karim Ouchikh : Cette réunion au sommet a été organisée à ma demande : depuis près de deux ans, les motifs de désaccords se sont accumulés entre le SIEL et la direction nationale du FN, mésententes que j’ai pris le soin de ne jamais médiatiser, recherchant en effet toujours à les aplanir plutôt qu’à les attiser. Deux heures et demi durant, le SIEL a évoqué ces désaccords, qui sont de trois ordres.
Désaccord idéologique : sur bien des sujets d’actualité (identité culturelle, dignité humaine, questions bioéthiques, LMPT, racines chrétiennes de la France, laïcité positive…), le clivage idéologique qui oppose les "humanistes-conservateurs" (courant qui se confond, grosso-modo, avec la droite conservatrice, sans toutefois s’y réduire totalement) aux libéraux-libertaires (que l’on retrouve aussi bien dans la fausse gauche que dans la droite molle) demeure à mes yeux toujours pertinent dans le débat politique. Or la direction nationale du FN se crispe depuis trois ans sur un rapport indigent à la politique qui se réduirait au seul clivage mondialistes/patriotes : en offrant un projet politique aseptisé qui évacuerait les questions identitaires et les préoccupations sociétales de nos compatriotes, elle espère renouer avec la dynamique électorale du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen.
Le SIEL n’a jamais cultivé une telle illusion politique. Nonobstant l’importance des questions européennes, je considère que les valeurs et les combats de droite ne se sont pas volatilisés en France : pour faire vite, le traditionnel clivage droite/gauche continue donc à prospérer en se superposant désormais, selon les sujets, au clivage plus récent mondialistes/patriotes.
De surcroît, il ne faut surtout pas se tromper de calendrier politique : les contingences politiques liées au référendum de 2005 ne sont en rien comparables avec celles qui domineront les scrutins à venir de 2017.
Désaccord électoral : alors que je plaide depuis des mois pour une véritable alliance entre le FN et le ‘‘bloc villiériste’’ (en bref, une droite souverainiste, conservatrice et éprise de libertés, fréquemment désignée sous le vocable de ‘‘droite hors les murs’’) qui serait de nature à élargir à droite la base électorale de Marine Le Pen, en lui offrant une réserve de voix entre les deux tours des présidentielles pour l’emporter dès 2017, je me heurte à un refus explicite de la direction nationale du FN qui s’obstine à vouloir dépasser, sur tous sujets, le clivage droite/gauche (le fameux ni droite/ni gauche). De cette stratégie d’enfermement électoral forgée à Nanterre, le SIEL en subi certaines conséquences pratiques : refus de légitimer politiquement son existence au sein du RBM, relégation médiatique systématique, refus d’organiser des relations régulées SIEL/FN dans les départements, rejet des initiatives du SIEL visant à structurer, avec Robert Ménard, la ‘’droite hors les murs’’ née en mai dernier à Béziers…Avec son refus originel d’avoir à ses côtés un véritable partenaire de droite, la direction nationale du FN confirme sa volonté de n’avoir que des ralliés et non des alliés. Or le SIEL entend être un parti de droite populaire, respecté pour ce qu’il est, et non une officine servile chargée de rabattre pour le FN les notables de droite !
Désaccord politique : depuis toujours, je réclame l’institution d’un espace de dialogue et de réflexion permettant au FN et au SIEL d’harmoniser leurs lignes politiques respectives, de créer des synergies de terrain et d’évacuer les sujets qui fâchent. Ce devait être le rôle du Rassemblement Bleu Marine, ‘‘holding politique’’ crée en 2012 pour abriter ses deux seules composantes partisanes, le SIEL et le FN (outre les appendices idéologiques du FN que sont les collectifs) : son conseil d’administration ne s’est jamais réuni et le RBM n’a jamais servi en somme à être autre chose qu’un simple label électoral. Dommage pour une structure qui aspirait à sa création à rassembler toutes les forces politiques appelées à soutenir l’ascension de Marine Le Pen, avec un égal respect à l’égard des ses composantes !
De son côté, la direction nationale du FN reproche pour l’essentiel au SIEL son indépendance d’action, sa capacité à accueillir dans ses rangs des déçus du FN et sa détermination à ne pas renoncer à certains thèmes qui sont chers à nos compatriotes mais devenus soudainement tabous au Carré : l’identité charnelle de la France, l’incompatibilité de l’islam avec la République, le Grand remplacement, la remigration…


Minute : Trois semaines ont passé depuis la réunion de Nanterre, où en sommes-nous ?

Karim Ouchikh :
Quelques jours jours après cette rencontre de clarification, j’ai adressé à Nicolas Bay un courrier, - avec copie à Louis Aliot et Gilbert Collard qui furent également présents à cette réunion -, confirmant tout à la fois nos points de désaccord mais aussi la volonté du SIEL de relancer notre partenariat sur des bases politiques nouvelles. J’attends toujours la réponse de la direction nationale du FN.


Minute : Clairement, cela veut-il dire que le SIEL va quitter le Rassemblement Bleu Marine ?

Karim Ouchikh : Toutes les hypothèses sont effectivement sur la table. Je souhaite évidemment la poursuite du partenariat entre le SIEL et le FN dès lors que nos difficultés politiques actuelles seraient contradictoirement aplanies et que le rôle du SIEL serait enfin sincèrement légitimé, comme le souhaitent du reste les militants et cadres du FN que je rencontre chaque jour. Un exemple concret, parmi d’autres, de cette bonne volonté symbolique attendue de la direction nationale du FN : un nombre significatif de candidats aux législatives de 2017 qui seraient investis dans les toutes prochaines semaines…


Minute : Sur le fond, quels sont vos désaccords ? La ligne économique attribuée à Florian Philippot ? L’affirmation qu’un islam « éclairé » serait compatible avec la République ? Plus profondément encore, l’absence de « politique de civilisation » ?

Karim Ouchikh : Je m’interdis de critiquer la ligne intérieure d’un parti politique auquel je n’appartiens pas. La ligne politique actuelle du FN qui insiste fortement sur un patriotisme républicain centré sur l’action d’un Etat omniprésent pourrait néanmoins être pondérée, au sein du RBM, par un patriotisme identitaire (que le SIEL incarne parfaitement) qui ferait la part belle aux forces vives de la Nation, des talents individuels aux entreprises, en passant par la famille.
Par ailleurs, le SIEL défend un souverainisme qui est tout sauf hémiplégique : je ne conçois pas le rétablissement de nos instruments de souveraineté (notre monnaie, nos frontières, notre budget, nos lois, notre défense nationale) sans la préservation concomitante de notre identité. Je me fais inlassablement l’avocat de ce souverainisme intégral au sein du RBM, ce qui m’amène à défendre bec et ongles notre modèle de civilisation : dans cette perspective, je crois que l’islam actuel est un système politico-religieux totalitaire, difficilement réformable, qui est radicalement incompatible avec le République ; de la même façon, nous devons refonder profondément la laïcité en France en acclimatant dans notre pays la prééminence du fait chrétien pour ‘‘réenchanter’’ un modèle de société aujourd’hui à bout de souffle. Autre combat embrassé sans réserve par le SIEL, sans guère de soutien de notre partenaire : la défense de notre socle anthropologique qui implique de préserver la dignité humaine, notre modèle familial traditionnel ou la liberté d’éduquer nos enfants…
Face aux défis considérables de ce temps, j’appelle au réarmement spirituel et moral de la France, ce qui impose en effet de forger une authentique politique de civilisation qui ne se réduirait pas au seul rapatriement à Paris de nos attributs de souveraineté aujourd’hui dispersés à Bruxelles, Francfort ou Washington.


Minute : Ce départ du RBM signifie-t-il que vous ne soutiendrez pas la candidature de Marine Le Pen à l’élection présidentielle ?

Karim Ouchikh :
Le SIEL est un parti qui aborde la politique avec le sens des responsabilités. Au regard de l’offre politique actuelle, Marine le Pen m’apparaît être la seule personnalité politique capable de répondre aux périls que la France affronte chaque jour. C’est pourquoi je réaffirme une fois de plus mon soutien à sa candidature à l’élection présidentielle, en rappelant toutefois qu’on ne peut aspirer à rassembler tous les Français en 2017 si l’on ne recherche pas sincèrement dès 2016 à unir tous les patriotes autour de soi.


Minute : Vous avez développé des liens étroits avec les principales personnalités de ce qu’on appelle « la droite hors les murs » – on vous a même vu sur le plateau de TF1 lors du premier débat de la primaire parmi les invités de Jean-Frédéric Poisson –, sur quoi cela peut-il déboucher ?

Karim Ouchikh : Avec Robert Ménard et d’autre personnalités, je m’efforce de structurer ce vaste espace politique qui sépare LR et le FN dont le potentiel électoral me paraît inouïe : du PCD de J.F Poisson au SIEL, en passant par le MPF de Philippe de Villiers ou le RPF de Christian Vanneste, il existe de nombreux points de communion idéologique qui doivent faciliter, malgré nos itinéraires politiques et électoraux distincts, ces rapprochements politiques auxquels aspirent de très nombreux Français.
Il est donc parfaitement naturel de multiplier ici ou là des signes de complicité politique, comme le fut ma présence sur le plateau de TF1 à l’invitation de J-F Poisson : mais cette présence ne vaut, pour le présent comme pour l’avenir, nul acquiescement officiel ni consigne à participer aux primaires de la droite et du centre.
A terme, j’aspire bien évidemment à l’émancipation politique de cette ‘‘droite hors les murs’’ pour en faire un acteur politique à part entière, capable de peser considérablement dans le débat des idées et lors des prochains scrutins électoraux.


Minute : Cette « droite hors les murs », dont le SIEL, pourrait donc présenter des candidats sous un label commun aux élections législatives ?

Karim Ouchikh : La possibilité pour le SIEL de présenter de candidats aux prochaines législatives, avec d’autres forces politiques issues de la ‘‘droite hors les murs’’, est en effet entièrement ouverte. Cette ambition n’est cependant pas d’actualité dans l’immédiat : dans le cadre du partenariat électoral qui lie le SIEL au FN, nous attendons sur ce point une réponse précise de sa direction nationale d’ici la fin de cette semaine. Notre formation politique tient en effet son Comité directeur le samedi 5 novembre prochain et cette question y sera nécessairement tranchée.


Minute : Peut-on dire que vous essayez de bâtir la représentation politique du combat culturel et intellectuel mené par Zemmour, Villiers et Buisson ?

Karim Ouchikh : Eric Zemmour, Philippe de Villers, Patrick Buisson mais aussi l’excellent Renaud Camus ont acclimaté dans le débat public cet objectif primordial : le combat de civilisation est une urgence si absolue qu’elle ne saurait céder le pas à aucune autre nécessité, qu’elle soit économique ou sociale. Islamisation de la France, chaos migratoire, politique de peuplement forcé, Grand remplacement, identité culturelle, égalité hommes/femmes… : les responsables politiques doivent se hisser à la hauteur de ce rendez-vous de l’histoire et y répondre en prenant leurs responsabilités. J’entends pour ma part relever ce défi en œuvrant ardemment à l’expression politique à ce combat culturel.


Minute : Que représente aujourd’hui le SIEL ? Autrement dit, le SIEL, combien de divisions, six mois après que le FN a décidé d’interdire la double appartenance au FN et au SIEL ?

Karim Ouchikh : L’interdiction de la double appartenance FN/SIEL, décidée en février dernier à Nanterre, fut perçue de prime abord comme une mauvaise manière pratiquée par la direction nationale du FN à l’égard du SIEL. En définitive, c’est aujourd’hui une bonne chose : compte tenu des lignes politiques foncièrement différentes (mais largement complémentaires) de ces partis, le choix par chacun de l’une ou l’autre de ces deux formations politiques repose avant tout sur un choix de conviction. Ce qui est plutôt sain…
Avec deux mille adhérents, des délégations départementales en passe de couvrir quasiment tout le territoire français, un activisme politique, en France comme Europe, particulièrement remarqué, une volonté farouche de ne céder ni au système politico-médiatique, ni au politiquement correct, le SIEL démontre chaque jour sa capacité de peser dans le débat politique en faisant preuve de réactivité, de créativité et surtout d’une volonté sincère de rassemblement que nul ne saurait lui contester. ….
Fondé en 2012, le SIEL est un parti jeune qui ambitionne de se dévouer entièrement à la cause de la France, aux côtés du FN ou ailleurs. Personnellement, je me suis engagé en politique pour œuvrer fidèlement, non pour une personne, mais pour mon pays, en restant toujours fidèle à mes convictions profondes
Je dois vous avouer enfin, pour terminer cet entretien, que ma capacité à avaler des couleuvres politiques a aujourd’hui largement atteint ses limites…

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Karim Ouchikh

Président du SIEL,
Conseiller municipal et d’agglomération de Gonesse,
Conseiller régional Ile-de-France.

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