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mardi, 08 novembre 2016 20:46

Le SIEL soutiendra Marine Le Pen mais…

Écrit par  Antoine Vouillazère (Minute)

C’est fait : comme l’avait laissé entendre Karim Ouchikh dans le dernier numéro de « Minute », le SIEL a rompu avec le Rassemblement Bleu Marine. Une fois de plus, à ne vouloir que des vassaux, le Front national perd un allié. Et, cette fois, peut-être bien plus…

Lundi prochain, le Front national devrait compter un conseiller régional de moins. On voit mal en effet comment Karim Ouchikh, élu en Ile-de-France sur la liste conduite par Wallerand de Saint-Just, pourrait continuer de siéger dans le groupe présidé par le trésorier du Front national – qui se trouve être aussi, par un malencontreux hasard, le vice-président de la commission… des conflits.
Le président du SIEL devrait donc rejoindre les rangs des non inscrits, où se trouve déjà Philippe Chevrier. Celui-ci avait quitté le groupe FN après avoir été limogé de son poste de secrétaire départemental du FN dans les Yvelines pour s’être rendu, le 1er mai dernier, à la statue de Jeanne d’Arc, où, crime suprême, s’exprimait Jean-Marie Le Pen. Des 22 élus de décembre 2015, il n’en restera donc que vingt, soit tout de même 10 % de chute en moins d’un an dans la région-capitale. Certes, on est loin du chiffre de 28 % des élus municipaux de la France entière qui, élus en 2014, ont quitté le FN ou ont été remplacés, chiffre établi par notre confrère Guillaume Daudin, chargé du suivi du FN pour l’Agence France Presse, mais le nombre de 358 conseillers régionaux élus l’an dernier sous l’étiquette FN, déjà virtuellement tombé à 356, pourrait encore se réduire un peu plus si l’on en croit des bruits insistants qui donnent plusieurs d’entre eux en partance pour… le SIEL. L’onde de choc du départ du SIEL du Rassemblement Bleu Marine, que le Front national a voulu minimiser, n’en est peut-être qu’à ses débuts…

Samedi dernier, le comité directeur du SIEL a en effet adopté trois motions qui sont venues entériner la rupture avec un Rassemblement Bleu Marine qui n’est plus que l’autre nom du Front national, et cela sans que rien n’ait été fait, depuis l’entretien que nous avait accordé Karim Ouchikh, pour le retenir. Aucun coup de fil n’est venu de la direction du FN, ni même des « entourages » qui sont pourtant payés pour prendre la température et tenter d’arrondir les angles sans que leur patron ne s’expose.
A 94 % des voix de son comité directeur, le départ du SIEL du RBM a donc été acté, le RBM étant qualifié au passage de « structure politique fantôme qui n’a jamais fonctionné en pratique depuis sa constitution » – ce qui est parfaitement exact –, tandis qu’était confirmé (à 96 %) son soutien à la candidature de Marine Le Pen à la présidence de la République en 2017, avec cette précision que nul n’a relevé mais qui n’est pas négligeable : « En l’état de l’offre politique actuelle ». Pour qui connaît un peu
Karim Ouchikh, avocat pointilleux qui choisit ses mots avec application, la formulation indique qu’il s’agit d’un vote par défaut. Elle laisse même au SIEL la possibilité de reconsidérer sa position si une autre candidature, plus conforme à la « politique de civilisation » qu’il appelle de ses voeux, venait à se présenter…
La dernière motion, qui a recueilli 100 % des suffrages, indique d’ailleurs que, aux élections législatives qui suivront la présidentielle, « le SIEL présentera des candidats dans le cadre d’un rassemblement patriotique à vocation majoritaire », et cette fois sans que soit posée aucune restriction éventuelle. L’ambition de réunir la droite « hors les murs »

On peut avoir une idée un peu plus précise des alliances qui pourraient se nouer dans la perspective des élections législatives lorsqu’on sait que Robert Ménard, retenu à Béziers, est intervenu lors de ce comité directeur pour apporter son soutien ; que le gaulliste Jacques Clostermann – fils du célèbre aviateur français Pierre Clostermann et pourtant proche de Gilbert Collard – s’y est lui aussi exprimé pour annoncer que son association « Mon pays la France », qui avait rejoint le RBM en décembre 2015, quittait à son tour le Rassemblement Bleu Marine ; et qu’était présent le chef d’entreprise Charles Beigbeder, élu de Paris et co-fondateur de L’Avant- Garde avec l’ancien ministre de la Défense Charles Millon.
Manifestement, ceux-là – et d’autres personnalités de la « droite classique », qui ne voulaient pas rejoindre le parti présidé par Karim Ouchikh tant qu’il de meurait dans l’orbite du FN – ne pensent pas que le SIEL concentre « tous les profils d’extrême droite dont on ne voulait plus, les virés, les tarés, les racialistes », comme l’a confié à l’AFP l’« entourage » de Marine Le Pen, qui n’avait donc pas perdu son téléphone.
L’ambition de réunir la droite « hors les murs » sur une plate-forme commune pour les élections législatives impliquera, a expliqué Karim Ouchikh au Salon beige, « de n’exclure aucune alliance de terrain avec des formations politiques qui oeuvrent actuellement [en son sein], du PCD au MPF, mais aussi avec DLF et, bien sûr, avec le FN là où cela sera possible». Des personnalités importantes, comme Jacques Bompard, pourraient nous y rejoindre. Une plate-forme politique définira nos points de communion idéologiques et politiques : elle sera notre boussole pour déterminer le choix de nos alliances pour chaque circonscription ».
Bon débarras !, dit donc le Front national – « Bon vent », a twitté Philippot –, sans mesurer les conséquences de sa capacité à braquer les meilleures volontés, surtout quand il laisse Florian Philippot s’exprimer en son nom, alors que celui-ci ne représente qu’une tendance du parti et voit sa mainmise de plus en plus contestée. Le vice-président du Front national, pratiquant au passage la redondance pléonastique – il a qualifié le SIEL de « petit groupuscule » –, a affirmé que celui-ci « dérivait et ne respectait plus la charte du RBM[…], par exemple sur la laïcité ». En quoi ? Une explication eût été la bienvenue mais elle ne lui a pas été demandée.

« Le FN, c’est le salut de la République » a affirmé Philippot dans la même émission. Et pour le salut de la France, on s’adresse où ?

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