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samedi, 30 septembre 2017 17:50

"Il faut s’emparer de la question identitaire sans état d’âme"

Écrit par 

Karim Ouchikh, vous êtes le président du SIEL. Quel est votre diagnostic politique sur le mal français ?

La France est en proie à une crise existentielle inédite. Pour la plupart de nos compatriotes, - Français de souche comme ceux qui le sont de fraîche date -, notre modèle de société ne suscite plus guère d’attractivité, ni de passions, car il est perçu par tous comme étant totalement aseptisé, parfaitement dévitalisé. Il importe donc de réenchanter le modèle français en conduisant d’abord une politique de civilisation ambitieuse pour notre pays et en rappelant ensuite que la France ne se réduit pas à la République. La République n’est que le vêtement institutionnel jeté sur le corps sacré de la France. De ce point de vue, j’aime à préciser que je suis personnellement monarchiste. Il faut rappeler que les monarchies fonctionnent harmonieusement en Europe : Angleterre, Suède, Belgique, chaque fois la monarchie pourvoit, grâce au principe héréditaire, à ce supplément d’âme dont les peuples ont besoin ; un supplément d’âme qui n’a rien d’éthéré car il répond, en France plus qu’ailleurs, à cette quête de sens, à ce rapport charnel à notre terre sans lequel les Français ne se reconnaissent plus véritablement comme tels.


Mais l’islam n’est-il pour rien dans cette crise existentielle ?
Bien sûr, le deuxième ressort de cette crise, c’est l’expansion anxiogène d’un islam décomplexé et conquérant, qui impose de moins en moins subrepticement un contre-modèle de société, capable de séduire des centaines de milliers de nos compatriotes ; une religion qui est la seule en réalité à provoquer sur notre sol des troubles à la concorde civile. Ne nous y trompons pas : cet islam se nourrit avant tout du vide spirituel et moral qui épuise la France. Si l’on veut provoquer un reflux de ce tsunami confessionnel et culturel, qui provoque des conversions à l’islam de nombreux Français de souche, il faut d’abord combler ce vide spirituel et moral qui est en nous, Français, en accordant enfin au fait culturel chrétien un privilège de civilisation.


Quelle organisation politique demain pour l’islam en France ?

Je suggère de réserver à l’islam un traitement cultuel différencié en régulant l’exercice pratique de cette religion dans un cadre concordataire, ce qui implique de revenir sur la sacro-sainte loi de 1905 organisant la séparation de l’Eglise et de l’Etat. De même que le concordat de 1801 a permis une expression régulée et pacifiée de la religion juive en France, il faut instaurer un rapport directif et volontairement intrusif entre la Puissance publique et l’islam de France afin d’en organiser le fonctionnement paisible. Concrètement, des élections seraient organisées à l’échelle départementale permettant d’élire des personnalités irréprochables, dans des conditions précises, qui seraient enfin représentatives des musulmans de France. Ces ‘’élus’’ départementaux se réuniraient en une assemblée nationale, laquelle désignerait un représentant légitime à l’échelle hexagonale qui serait l’interlocuteur officiel des pouvoirs publics. Cette assemblée se verrait soumettre l’approbation solennelle d’une charte des valeurs qui serait un socle identitaire non négociable, afin de fonder les modes d’exercice cultuel et culturel de l’islam en France de manière compatible avec nos modes de vie.


Et cette charte ?

Mon obsession est de trouver la voie, celle de la sagesse, qui permettrait d’éviter la guerre civile larvée qui guette notre pays, si rien n’est fait. Cette Charte rappellerait à tous nos compatriotes, à tous les ressortissants étrangers présents sur notre territoire et au monde, quelle est l’identité française, ce qu’est l’être français. A mes yeux, la France est le produit d’un héritage composite : nos racines latines se mêlent à nos racines juives, lesquelles se croisent avec nos racines chrétiennes, - cette composante culturelle si prépondérante -, sans omettre l’apport philosophique né au siècle des Lumières. Evoquer la place centrale de nos racines chrétiennes dans notre imaginaire collectif n’implique aucune aspiration à l’émergence d’un Etat confessionnel, mais simplement le désir, placé au cœur de chaque Français, de restaurer un lien charnel avec la patrie, avec une France qui ne renierait pas la dimension chrétienne de son identité. L’inconscient collectif français demeure fortement marqué, dans son histoire, dans son architecture, dans ses arts, dans ses œuvres de l’esprit, en bref par l’intensité de cette présence culturelle chrétienne qui participe également à l’épanouissement de notre Bien commun.

Observez la configuration de nos paysages, la toponymie de nos villages, le particularisme de nos traditions, tout ceci s’est épanoui au rythme de la vie de nos paroisses. La morale, l’institution du mariage, le respect des plus faibles s’enracinent à partir d’une vision du monde ensemencée par la religion catholique, laquelle vision humaniste se trouve consignée dans la doctrine sociale de l’Eglise. Même la laïcité est un principe tiré des Evangiles. Notre socle anthropologique d’inspiration largement chrétienne fait partie aussi de cet héritage indivis qu’il nous faut rappeler sans cesse, parce qu’il est constitutif de l’être français.

Tous ces éléments doivent être évoqués, discutés, sans aucun tabou, dans un élan d’introspection collectif qui serait le prélude à un vaste débat national qui définirait ce qu’est l’être français au XXIème siècle, à un moment d’ailleurs où notre capital identitaire est attaqué de toute part, aussi bien par la mondialisation que par l’islam. C’est au prix de ce grand rendez-vous des Français avec eux-mêmes qu’il nous sera possible de concevoir cette charte des valeurs à partir de laquelle nous pourrons enfin rebâtir un authentique modèle d’assimilation à la française, lequel n’a rien à voir avec le modèle multiculturaliste anglo-saxon qui atomise tant les sociétés américaine ou britannique. Si nous y parvenons, nous aurons réalisé alors, à l’égard des millions de musulmans présents sur notre sol, une entreprise considérable qui aura sans doute une portée universelle. De toute façon, on ne peut plus continuer à fuir les angoisses identitaires qui tourmentent nos compatriotes en mettant lâchement la poussière sous le tapis !


La question identitaire ne vous fait pas peur ?

Non seulement elle ne me fait pas peur, mais je crois qu’il faut s’emparer de la question identitaire sans état d’âme. Le Système s’applique à nous détourner de cette entreprise de redressement moral et spirituelle en nous attirant sur d’autres terrains (chômage, précarité sociale, équilibre des comptes publics…) ou en utilisant à plein les « industries de l’hébétude » justement dénoncées par Renaud Camus (école dévaluée, activités de divertissements, télévision…). Du pain et des jeux ! Ce n’est pas nouveau. Les Jeux Olympiques organisés à grand frais par la France en 2024 vont participer de cette volonté de sidération de nos compatriotes au moment même où notre civilisation se meure et que notre peuple s’effondre dans ses grands équilibres ethnico-culturels…


C’est cette perspective qui justifiait l’alliance du SIEL que vous dirigiez avec le FN…

Mais cette alliance avec le FN vous le savez, a tourné court par la volonté de Marine Le Pen qui a opéré une mutation profonde de la ligne du FN. Plutôt que d’adopter pour son parti une ligne politique identitaire qui l’invitait à respecter les ‘’fondamentaux’’ de la civilisation française, elle a fait le choix de se plier au modèle politique national-républicain qui s’accommode parfaitement du Système libéral-libertaire, cette idéologie mortifère que les vents mauvais de la mondialisation nous imposent depuis des décennies. Après avoir eu besoin de Florian Philippot pour structurer cette ligne politique, elle a décidé de se séparer de son numéro deux. Marine Le Pen va-t-elle pour autant renoncer à ses chimères de gauche après ce divorce au sommet ? Se pose aussi la question de ses travers personnels (propension à l’autoritarisme, brutalité humaine, allergie au dialogue…) qu’elle devra absolument exorciser si elle veut encore peser demain dans le débat politique. Aujourd’hui, pour ces raisons, je ne crois guère à une alliance possible du FN avec d’autres formations politiques de droite, tant les motifs de méfiance réciproques demeurent considérables.

De ce point de vue, j’œuvre depuis longtemps à l’émergence d’une force politique nouvelle, - souverainiste, conservatrice et éprise de libertés -, qui serait le pendant en France du Fides hongrois, du PIS polonais ou de l’UDC suisse. Avec pour ma part cette volonté, chevillée au corps, d’émanciper cette force nouvelle du FN et de LR, ces deux partis qui stérilisent la droite française depuis trop longtemps…


Dernière question à laquelle vous n’êtes pas obligé de répondre : je me suis laissé dire que vous étiez devenu chrétien, vous-même ?

Oui, je suis devenu catholique romain voici quinze ans ; lors de mon baptême, j’ai choisi le prénom de Jean-Paul. Ma conversion est intervenue à l’âge adulte ; je suis né et j’ai grandi dans une famille musulmane mais dont la pratique religieuse était très superficielle ; nous vivions dans un univers quasi-sécularisé, empreint d’une faible religiosité culturelle. C’est bien en France que se trouvent mes racines véritables car je n’ai passé en Algérie, le pays d’origine de mes parents, guère plus de huit mois tout au long de ma vie, au fil de courts séjours. Est-ce cela qui m’a permis de recevoir plus facilement la grâce, lorsque le doigt de Dieu s’est posé sur mon front ?

J’ajoute que j’ai toujours été attiré par les églises, par leur intérieur comme par le sentiment de paix intérieure qui s’y dégage. D’ailleurs, enfant, ma mère me mettait sous mon oreiller de la musique sacrée pour m’aider à m’endormir. Aujourd’hui, elle n’admet guère ma conversion religieuse qui demeure pour elle une meurtrissure profonde, un arrachement familial. On n’aborde jamais ce sujet entre nous, ce qui aggrave ma peine intérieure.

Au fond, les valeurs de ce pays que j’aime tant, cette France où je suis né, où j’ai passé mon enfance, cette terre que j’ai appris à découvrir avec passion et que je tente de servir de diverses manières, tout cela a dû préparer mon adhésion intime à la foi chrétienne : à quoi s’ajoutent, comme ressorts décisifs expliquant ma conversion religieuse, mes rencontres fortuites avec des fidèles catholiques qui étaient dotés d’une foi rayonnante, et le choc spirituel considérable que fut pour moi les JMJ de Paris en 1997 qui ont radicalement modifié mon regard sur le monde et sur moi-même.


Vous parlez de racines : peut-on les choisir ?

Lorsque les hasards de la vie vous conduisent à assumer plusieurs identités, il y a un effort d’introspection à mener pour discerner en vous-même les traits authentiques de votre personnalité. Personnellement, j’ai choisi de hiérarchiser mes appartenances culturelles plutôt que de les mettre sur un même plan, ce qui m’évite le tourment des conflits identitaires intérieurs. Mes racines kabyles sont présentes dans mon cœur, et je ne les trahirai jamais. Mais elles restent secondes. J’ai choisi naturellement de mettre mes racines françaises au sommet de mon existence et, prolongement naturel, de servir mon pays du mieux possible, à travers notamment de mes engagements accomplis au service de la Cité. Ce choix est donc à l’opposé de celui réalisé par nombre de nos compatriotes qui, bien souvent, ont préféré placer les origines de leurs parents avant leur appartenance française, au risque de compromettre définitivement le fragile processus de leur assimilation au sein de notre communauté nationale.


Votre conversion au christianisme a-t-elle une signification politique ?

Non, absolument pas ! C’est un acte de foi personnel. Cela étant, on peut parfaitement faire le choix d’être français en gardant la foi musulmane. Mais le fidèle musulman doit alors interroger les modes d’expression publique de sa foi afin que sa pratique religieuse ne heurte pas autrui et soit conforme aux standards de notre civilisation européenne : respect absolu de la dignité humaine, égalité rigoureuse entre les hommes et les femmes, respect des individus les plus vulnérables, attention à la condition animale (ce qui pose la question de l’abattage rituel…), liberté de conscience et liberté de conversion... Sans oublier l’impératif absolu à mes yeux de respecter les modes de vie et les pratiques vestimentaires du pays d’accueil : les boubous ou les djellabas, par exemple, peuvent être portés dans un cadre domestique ou à l‘occasion de manifestations familiales, mais ils doivent être prohibés dans l’espace public car ces usages vestimentaires ne correspondent en rien aux traditions européennes. De la même façon, les lieux de culte musulmans doivent être fréquentés et administrés de manière compatible avec le respect de notre ordre public. En un mot comme en cent, la pratique de la foi musulmane doit s’exercer discrètement de telle manière qu’elle ne heurte pas les traditions propres à la société française. D’un point de vue politique, il s’agirait en somme de mettre ni plus ni moins l’exercice du culte musulman sous la tutelle de la puissance publique : ceux qui ne voudraient pas se plier à un tel régime volontariste ne seraient plus les bienvenus en terre de France et seraient appelés alors à la quitter pacifiquement.


Propos recueillis par l’abbé G. de Tanoüarn
Monde & Vie

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Karim Ouchikh

Président du SIEL,
Conseiller municipal et d’agglomération de Gonesse,
Conseiller régional Ile-de-France.

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