Imprimer cette page
jeudi, 25 octobre 2018 14:35

Lancement d'études pour un Porte-avions de Nouvelle Génération (PANG)

Écrit par  Cyril Giraud - Délégué du SIEL Deux-Sèvres - Responsable national chargé des questions militaires

Il y a un an je m'étais penché sur les différentes problématiques soulevées par la construction d'un nouveau porte-avions. Il en était ressorti les constats suivants :

« 1- Le Rafale M ne sera pas éternel. A partir de 2030 entreront en service les premiers chasseurs de 6e génération qui feront vite passer le Rafale pour une trapanelle préhistorique (il est issu d'un programme de 1977, son démonstrateur a volé en 1986 et le premier Rafale M en 1991...). Sauf à vouloir se retrouver dans la même situation que dans les années 80 avec un 'Crouze' totalement dépassé, c'est autour de son successeur qu'il faudra concevoir ce(s) porte-avions.
2- Le successeur du Rafale M sera certainement plus lourd et encombrant que lui. Cela implique des catapultes plus puissantes, de préférence électromagnétiques, un pont plus long, donc un déplacement plus important. Les Clemenceau, prévus pour 60 avions, ne pouvaient en embarquer que 40. Le Charles de Gaulle, prévu pour 40 avions, ne peut finalement en embarquer que 30... Pour disposer d'un groupe aérien suffisant il faut viser les 40 appareils embarqués, ce qui signifie un porte-avions de 65 à 70.000 tonnes.
3- Pour propulser un porte-avions de 70.000 tonnes il faut des réacteurs nucléaires plus puissants que les actuels K15 qui équipent le Charles de Gaulle, les SNLE Le Triomphant et les futurs SNA Suffren. Une propulsion CODLOG est également envisageable mais là encore il faudra la concevoir et elle réduira l'espace disponible sous le pont.
4- Outre le successeur du Rafale le groupe aérien devra comprendre des hélicoptères Caïman, des drones (dont le programme existe déjà) mais aussi un nouvel avion de guet aérien et un avion cargo embarqué. Dans ces deux rôles l'US Navy a prévu l'E-2D Advanced Hawkeye et le CMV-22B, deux appareils auxquels il n'existe aucun équivalent européen...
5- Coût global : 4,5 milliards € pour 1 porte-avions, 8 milliards € pour 2, 11 milliards pour 3 (qui constitueraient la cible idéale), auxquels il faut ajouter le prix des appareils embarqués et celui des escorteurs supplémentaires dans les deux dernières hypothèses.
6- Délai de conception et construction: les études menées jusqu'alors ne portent que sur des versions légèrement agrandies du Charles de Gaulle (59.000 tonnes par exemple pour le projet Juliette). De plus ces études commencent à dater... il faudra donc en mener de nouvelles. Trois ans de conception, puis neuf de construction et trois d'essais cela fait 15 ans pour le premier. Ce qui signifie qu'en en démarrant l'étude l'an prochain il n'entrera en service qu'en 2033, soit après le dernier ATM du Charles de Gaulle avant mise à la retraite de ce dernier... prévu vers 2040. Je doute que Macron lance ce projet, donc ça reporte à 2038 son éventuelle admission et à 2040 celle d'un hypothétique second.
7- Limitations de taille liées au bassin de construction : Le bassin 9 de l'arsenal de Brest fait 315 m de long pour 39 m de large au fond du bassin pour une largeur au niveau du terre-plein (cote +9m) de 47 m. Ça risque d'être juste pour y construire un navire de 70.000 tonnes... En France seuls les Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire peuvent construire des navires de cette taille.

8- Limitations de taille liées au bassin de radoub : Le bassin Vauban à Toulon est dimensionné pour accueillir des portes-avions de la classe Forrestal, soit 326 m de long et 80.000 tonnes. La Marine ne souhaitant pas investir dans un nouveau bassin il s'agit de la taille maximale que pourrait avoir un nouveau porte-avions. »

A ma grande surprise Macron a finalement lancé l'étude d'un porte-avions de nouvelle génération (PANG), initiative dont on ne peut que se féliciter, annoncée par la ministre de la Défense Florence Parly en ouverture du salon Euronaval le 23 octobre dernier. Il faut cependant noter qu'il ne s'agit que d'études amont, pour une durée de 18 mois et un budget de 40 millions d'euros, destinées à faire le point sur les menaces et les solutions à adopter. Ne nous réjouissons donc pas trop vite. Différentes options vont être étudiées allant du CATOBAR (porte-avions à catapultes et brins d'arrêt) au STOVL (décollage court et atterrissage vertical) en passant par un éventuel système pseudo-statique. En outre, il faut tenir compte du rapprochement entre Naval Group et Fincantieri qui pourrait influer sur le choix qui sera fait.

L'option CATOBAR est celle que j'avais déjà étudié il y a un an. L'appareil embarqué serait une version marine du SCAF (Système de Combat Aérien Futur), chasseur de 6éme génération mis au point avec l'Allemagne pour succéder aux Rafale et Tornado. Des catapultes électromagnétiques sont envisagés par contre le bât blesse concernant la propulsion qui pourrait être alimentée en énergie par trois réacteurs K15 ce qui risque de limiter la vitesse du nouveau porte-avions en s'avérant insuffisant pour ses 70.000 tonnes de déplacement.

L'option STOVL impliquerait la commande de F-35B, seul appareil occidental disponible dans cette catégorie. Si cette option était retenue il est probable que le nouveau navire serait un développement du Cavour, porte-aéronefs italien de 28.000 tonnes en service depuis 2009. L'éventail des missions pouvant être réalisé serait plus réduit qu'avec un CATOBAR et il est probable que si un tel projet était choisi il prendrait également la relève des BCP (Bâtiment de Commandant et de Projection) de type Mistral pour un total de quatre navires. Bien que cette formule présente l'avantage d'un coup réduit elle limiterait drastiquement les possibilités de projections de force en requérant une couverture aérienne basée à terre ou fournie par les États-Unis.

L'option système pseudo-statique serait à la fois d'avant-garde, le concept est ancien mais n'a pour l'heure jamais fait l'objet d'une réalisation, est extrêmement restrictif. Il s'agit ni plus ni moins d'une base aéronavale mobile pouvant se déplacer à faible vitesse (3 à 5 nœuds) d'un déplacement de plusieurs centaines de milliers de tonnes construite en béton et pouvant emporter troupes, avions, missiles, véhicules tout en servant de base à des navires plus petits. Le principal inconvénient de la formule serait de limiter les possibilités d'action de la Marine Nationale à la seule Méditerranée.

Dans tous les cas il ne faut pas s'attendre à une décision définitive avant 2025 pour une entrée en service au plus tôt en 2035. Seul le choix d'un nouveau CATOBAR permettrait à la France de maintenir son statut de « Blue Water Navy » ayant des capacités réelles de projection partout dans le monde avec un format minimal de deux porte-avions et les navires d'escorte adéquats.

Lu 515 fois