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vendredi, 12 avril 2019 14:47

Merci Monsieur Parmentier !

Écrit par  Marie Françoise Ousset

Antoine-Augustin PARMENTIER (1737 – 1813) est-il « l’inventeur de la pomme de terre ? ». Pas tout à fait. Il réussit à la faire manger aux français et ce ne fut pas une mince affaire ! La pomme de terre avait été découverte par les explorateurs espagnols au Mexique. Ramenée à Madrid, elle fut introduite en Europe grâce à des ordres religieux itinérants. On en mangeait en Allemagne. En France, on disait qu’elle donnait la lèpre et on la laissait aux cochons. Quel gâchis ! Pas de hachis en perspective.

Né à Montdidier, d’une famille de 5 enfants dont les parents sont marchands lingers. Leur boutique occupe le rez-de-chaussée de leur petite maison, toute la famille s’entasse dans les deux pièces du 1er étage. Parmentier reçoit une bonne éducation grâce à l’abbé Daugy : amour des saints, amour de sa patrie. Tout jeune il est tellement heureux de savoir que Louis XIV a dormi dans la maison presque en face de chez eux !

A 13 ans on le place dans une pharmacie et à 18 ans, il part pour Paris, son premier grand voyage ! Parmentier devient apothicaire. Pendant la guerre de 7 ans, il est envoyé au front. Courageux et robuste, il va en première ligne chercher les blessés sous le feu des canons ennemis. Il les emporte sur son dos, les soigne, réconforte les mourants. Blessé plusieurs fois, 7 fois fait prisonnier, échangé – l’armée a trop besoin de lui - mais la 7ème fois les Prussiens le gardent 15 jours au cachot en ne lui donnant à manger qu’une bouillie à base de pomme de terre. Il s’en porte fort bien et dès lors il n’a qu’une idée : rentrer en France pour y vulgariser la production de ce tubercule et ainsi faire cesser les disettes. Un apothicaire de Francfort, chez qui il était en résidence surveillée, devinant en lui un être exceptionnel, essaye de le retenir en lui offrant dans un même élan la nationalité prussienne, son officine, et sa fille, en prime. Parmentier refusé les trois présents. A son tour, d’Alembert, se faisant l’ambassadeur de Frédéric II, propose au jeune Parmentier de remplacer, à Berlin, le chimiste Margraff en tant que pharmacien en chef des armées prussiennes. Une proposition aussi mirifique ne peut se refuser ! C’est pourtant ce que fait Parmentier : « Je dois rentrer en France, je n’ai encore rien accompli pour ma patrie. Les talents que j’ai, je les dois à mon pays ».

1763. De retour à Paris, il étudie au « Jardin du Roi », maintenant « Jardin des Plantes » et suit les cours de Botanique de Bernard de Jussieu. Il aura comme voisin d’amphi J.J Rousseau et Lavoisier et rencontrera Daubenton. A 29 ans, il devient Apothicaire Major des Invalides – le 1er à être reçu sur concours et non plus sur relation. Il visite chaque jour les 3000 malades ou estropiés. Tous aiment sa bonté, sa bonne humeur. Son secret : la prière et la lecture de l’Evangile « mon livre de prédilection » disait-il. De même, il invoquera toujours, dans les difficultés, la Vierge de l’église du Saint-Sépulcre de Montdidier. En 1786, Louis XVI lui donne deux arpents dans la plaine des Sablons pour faire pousser ses patates. Lorsque le champ se couvre de fleurs, Parmentier part à Versailles en offrir un bouquet au roi qui les accroche à sa boutonnière, en orne la coiffure de la reine et lui dit « La France vous remerciera un jour d’avoir trouvé le pain des pauvres », mais on continue à se moquer de lui jusqu’au jour où des soldats armés qui surveillaient un camp militaire font les cent pas près du champ. Les parisiens pensant qu’ils surveillent la précieuse denrée, viennent de nuit voler les semis pour les replanter dans leurs jardins. C’est le succès ! Aux Invalides, Parmentier invente des plats, des alcools, des gâteaux à base de pommes de terre et organise des dîners à base de ce tubercule. Aux boulangers qui veulent acheter ses recettes, il les donne gratuitement. La seule recette qui ne soit pas de lui est le hachis Parmentier inventé à la fin 19° siècle !

Agronome, chimiste, œnologue, nutritionniste avant la lettre, il est le premier à avoir fait cuire des aliments à la vapeur. On le voit prélever de l’eau dans la Seine, chercher des conservateurs pour les aliments, améliorer la qualité des grains de blé. Qu’il étudie les champignons ou les effets vénéneux de l’ergot de seigle, il utilise son propre organisme comme cobaye et s’en tire avec quelques maux de tête ou d’estomac. Plus tard, il rédigera pour Napoléon la liste des pharmaciens méritant la Légion d’Honneur et aura toujours l’élégance de ne pas se mentionner.

Merci Parmentier ! Grâce à vous, il n’y a plus de famine en France : vous nous avez sortis de la purée !

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