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samedi, 22 juin 2019 15:48

Au sein de l’Union européenne, l’appétit sans fin de Berlin

Écrit par  Jean Quatremer

Si la présidence de la Commission risque encore de lui échapper, l’Allemagne peut toujours s’appuyer sur ses représentants, qu’elle a placés dans la machine européenne. Une domination qui agace de plus en plus.

Ce 28 mai, Angela Merkel affiche sa tête des mauvais jours. La chancelière allemande sait, à l’issue du sommet post-élections européennes convoqué à Bruxelles, que son poulain, le Bavarois Manfred Weber, patron du groupe politique PPE (conservateurs) du Parlement européen, n’a plus guère de chance de devenir le prochain président de la Commission. Une grosse déconvenue pour un pays qui estime que son tour est venu puisqu’aucun de ses ressortissants n’a occupé ce poste depuis Walter Hallstein (1958-1967).

Merkel, qui n’a pas l’habitude qu’on lui refuse quelque chose dans l’UE, se fait menaçante : «Il faudra trouver un nom qui fasse consensus» entre les chefs d’Etat et de gouvernement, «ce qui nous permettra d’agir sans créer de blessures». A défaut, prévient-elle, «cela risquera de bloquer le cadre financier 2021-2027», c’est-à-dire le budget communautaire qui doit être adopté à l’unanimité, et dont l’Allemagne est la première contributrice… La chancellerie allemande a même fait comprendre à ses interlocuteurs français, Emmanuel Macron étant à la manœuvre pour barrer la route de Weber, qu’elle mettrait en retour son veto à la nomination du Français Michel Barnier, 68 ans, parce qu’il est temps de passer le flambeau à une autre génération. Le message a bien été reçu à Paris : si un Allemand tombe, un Français suivra. Une logique nationaliste, où les compétences ne jouent plus aucun rôle, qui effraie Daniel Cohn-Bendit, proche de Macron et ex-eurodéputé écologiste : «Si on entre dans une guerre des drapeaux, ce sera catastrophique pour l’avenir de l’Union.»

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