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mercredi, 23 mai 2012 05:20

Triste patriotisme électoral !

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En reléguant prophétiquement le drapeau tricolore aux marges de la liesse militante qui s'était exprimée place de la Bastille au soir de la victoire de François Hollande, la nuée de drapeaux étrangers agités avec ferveur aux abords de la colonne de Juillet a placé d'emblée le quinquennat du nouveau chef de l'Etat sous le signe d'une conception babélienne du monde et du gouvernement de la France. Du côté de l'ancien chef de file du Parti socialiste qui n'a jamais eu à cœur d'invoquer les mannes de la Patrie dans la vision qu'il se fait du devenir de la France, rien de nouveau sous le soleil !

Au sein de la gauche, jouant avec application le rôle de supplétif aboyeur qui lui fut réservé par le Parti socialiste, Jean-Luc Mélenchon aura tenté de ressusciter un patriotisme de gauche laissé en déshérence par un Jean-Pierre Chevènement dont les maigres forces s'étaient rapidement évaporées, sans que celui qui fut naguère le chantre du patriotisme républicain n'y oppose la moindre résistance. Au vu des résultats électoraux plutôt décevants enregistrés par le leader du Front de gauche, - qui firent mentir toutes les prévisions de la classe médiatico-politique - la grossière manœuvre aura fait long feu.

Alors que l'ancien ministre de l'Intérieur vient de perdre définitivement dans cette aventure toute visibilité médiatique, en se privant de surcroit du peu crédit politique qu'il conservait encore auprès de l'opinion publique française, Jean-Luc Mélenchon s'emploie aujourd'hui à faire diversion : ne parvenant pas à faire fléchir politiquement François Hollande, - à l'exemple d'un Arnaud Montebourg aujourd'hui rentré dans le rang - notamment en amenant le nouveau chef de l'Etat sur le terrain de l'euroscepticisme ou du patriotisme industriel, l'inlassable imprécateur doit se résoudre à présent, pour donner le change, à réserver sa hargne à Marine Le Pen dans une duel électoral à Hénin-Beaumont qui ne masquera en rien l'échec de ses ambitions initiales qui visaient voici peu à gauchir le programme présidentiel de Françoise Hollande.

Sur l'autre versant de l'échiquier politique, guidé par un opportunisme électoral à peine dissimulé, Nicolas Sarkozy n'aura eu de cesse dans la dernière ligne droite des présidentielles de multiplier les slogans patriotiques, en s'efforçant en vain de faire oublier un bilan marqué du sceau de l'infamie politique : de la mascarade du Traité de Lisbonne à la honteuse réintégration de notre pays dans le commandement intégré de l'OTAN, l'ancien locataire de l'Elysée n'aura-t-il pas en effet tenté d'épuiser méthodiquement les ressorts de la vitalité patriotique des Français ?

En prévision des élections législatives, avec le slogan de campagne « Ensemble, choisissons la France », l'UMPS de Jean-François Copé entend resservir aux Français les mêmes couverts, non sans s'appuyer, avec la Droite populaire, sur la frange droitière de sa formation politique à qui il a promis une autonomie de fonctionnement et des moyens financiers pour prix de sa fidélité. Pour quelques deniers et l'octroi de divers prébendes, confortant plus que jamais le piège mitterrandien visant à briser les forces de la droite en diabolisant le FN, les ultras de l'UMP s'apprêtent sans doute à trahir les attentes des quelques 64% des militants UMP qui réclament désormais, avant les législatives, une alliance sans réserves avec Marine Le Pen.

Une fois de plus, l'affaire européenne sera le révélateur des fidélités des uns comme des trahisons des autres. Dans les jours à venir, la crise grecque aidant, François Hollande admettra qu'il ne peut parvenir à obtenir, devant l'intransigeance de Berlin, l'ouverture d'une renégociation du pacte de stabilité budgétaire signé sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy : anticipant cet échec prévisible, il s'apprête dès maintenant à accepter un compromis, - qui sera aussitôt présentée aux Français, le moment venu, comme la manifestation d'une victoire politique majeure...- qui assortira ce texte d'un vague accord entre les Vingt-sept visant à favoriser une politique de croissance dont la portée, vraisemblablement déclarative, lui ôtera dans les faits tout effet pratique. De cette réalité d'un système institutionnel irréformable avec lequel il refuse obstinément de rompre définitivement, François Hollande ne veut rien dire aux Français. Comme cela fut le cas naguère pour son prédécesseur, il se heurtera tout au long de son quinquennat aux logiques supranationales de fer qui fondent la construction européenne actuelle de sorte que vouloir composer aujourd'hui encore avec un système totalitaire bruxellois plus que jamais verrouillé par une Allemagne dominatrice, pour espérer regagner d'illusoires marges de manœuvres pour la France, relève assurément d'une vue de l'esprit que l'actuel chef de l'Etat n'ignore certainement pas.

En vérité, en entretenant la chimère d'une Europe puissance dans laquelle la France serait appelée à se dissoudre immanquablement, François Hollande est convaincu, comme hier Nicolas Sarkozy, que le temps des Etats souverains est désormais révolu. Ce dessein idéologique, que l'UMP comme le PS partagent pareillement, sera le marqueur d'une politique masquée qui conduira irrésistiblement la France, au fil d'un funeste quinquennat, à sortir peu à peu de l'Histoire si aucune force authentiquement patriotique ne devait demain lui être opposée à l'Assemblée nationale.

Karim Ouchikh 13 mai 2012

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