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vendredi, 25 janvier 2013 00:00

50ème Anniversaire du Traité de l'Elysée : les duperies du prétendu couple franco-allemand

Écrit par 

L'Allemagne en majesté
par Paul-Marie COUTEAUX
Géopolitique d'abord / LA NEF N°244 DE JANVIER 2013

drapeaux-france-allemagneAu mitan du XXe siècle, après la guerre de trente ans 1914-1945 qui le déchira de part en part, l’Allemagne, deux fois vaincue, fut renvoyée à l’« année zéro ». Cruelle déchéance pour la nation germanique qui venait de tenter par deux fois d’accomplir ce qu’elle vit toujours comme sa mission historique, déjà tentée par les Othons voici un millénaire, puis par les Hohenstaufen et les Habsbourg : unifier autour d’elle cette « Europe sans frontières » qui est son vieux rêve toujours démenti et toujours repris – et, hélas, toujours sincère.

Nul n’échappe à ses rêves, les nations pas plus que les hommes. Pour défaite et divisée qu’elle fût, l’Allemagne se réinséra vite dans le jeu européen : d’abord grâce aux États-Unis qui voyaient en elle un rempart contre le communisme (et contre une hégémonie française toujours insupportable aux Anglo-Saxons), et ce traité de Rome qui la remettait en scelle. Ensuite par de Gaulle, qui voulut « passer l’éponge » pour trouver en elle un appui et balancer l’hégémonie états-unienne – esprit du traité de l’Élysée de 1963, que Bonn bafoua aussitôt par un préambule atlantiste ajouté au dernier moment puis la mise à l’écart du chancelier Adenauer. « Elle prend le beurre sans le pain », dit un de Gaulle furieux, refusant depuis lors ce « couple franco-allemand » dont on le fait abusivement parrain. Puis par la force de son économie, bien dirigée, assise sur le consensus social du redressement, et ce mark qui fut son nationalisme caché. Vinrent la réunification imposée en un tournemain dès « le mur » abattu, puis le règne de l’unique étendu par petites touches à l’Europe : marché unique, si profitable à son commerce ; diplomatie unique, qui entraîna ses partenaires dans une sèche revanche contre la Serbie ; monnaie unique qui n’est qu’un euro-mark réalisé aux conditions de Francfort (BCE, indépendante et « euro fort » affaiblissant ses partenaires mais assurant leur solidarité), enfin Constitution unique, qui perdit son nom grâce au réflexe français de défense exprimé par référendum en 2005, mais point sa substance fédérale, rétablie aussitôt par le traité de Lisbonne…

C’est peu dire que l’Allemagne trône désormais en majesté : non seulement sa place centrale, ses relations étroites avec les États-Unis, aussi bien que la Russie et la Chine, ses exportations (150 milliards d’excédent annuel, quand la France accuse un déficit de 70 milliards), en font la première puissance de l’Europe, chose peu étonnante puisque celle-ci fut faite à sa main, mais elle en arrive à pouvoir, par un nouveau traité ratifié cette année, contrôler via Bruxelles les budgets de ses partenaires. Au moins ne triomphe-t-elle pas en silence – bien que ses cris de victoire soient cachés par nos médias : stupéfiants sont pourtant les propos du ministre Wolgang Schäuble estimant « naturelle la fonction de guide (« Fürher ») dévolue à l’État allemand dans le système fédéral européen, à l’instar du rôle de la Prusse au XIXe siècle » ; ou ceux du conseiller Klaus Zimmermann suggérant « la révision des Constitutions des États afin d’en chasser les dernières références à leur souveraineté », et assurant que « la démocratie locale (en langue européenne, la démocratie nationale) est devenue contre-productive » ; ou ceux du secrétaire général de la CDU, Volker Kander « l’Europe parle désormais allemand ». De ces perles on ferait des colliers, tant on voit revenu à Berlin le rôle historique théorisé par « le pape Habermas » – voir le Monde Diplomatique de décembre 2012, « L’Europe face à l’hégémonie allemande ». Pourquoi l’Allemagne se gênerait-elle, qui croit toujours de bonne foi que « l’Europe, c’est la paix » – ce que vient de conforter un curieux Prix Nobel ? Reste que cette politique de puissance fait enfin voler en éclat la fiction du dépassement des intérêts nationaux – fiction que n’a jamais gobée Londres freinant toujours des quatre fers, notamment sur le budget, ni ses voisins de longue date échaudés, Danemark, Suède ou Pologne qui multiplient les exceptions aux traités. Le plus inquiétant est que Paris demeure une fois encore aveugle jusqu’au dernier moment ; pourtant, le pot aux roses dévoilé, nous serons bientôt au pied du mur...

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SIEL


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