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mercredi, 02 avril 2014 21:49

Karim Ouchikh défend dans Libération la politique culturelle du FN/RBM

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Article de Michel HENRY à Avignon et Sophian FANEN publié dans Libération, le 28 mars 2014

Culture : le FN change de vocabulaire
Attaqué sur les arbitrages de ses maires dans les années 90, le parti promet d'abandonner la censure.

karim-ouchikhExpurger des bibliothèques, débaptiser une place Nelson-Mandela et faire la chasse aux concerts de NTM. Au milieu des années 90, le passage du FN à la tête des municipalités d'Orange (Vaucluse), Toulon (Var), Vitrolles et Marignane (Bouches-du-Rhône) a laissé le souvenir d'un bulldozer idéologique lancé au ras des pâquerettes. Rebelote à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) et dans les villes qui peuvent basculer à l'extrême droite ce dimanche ? «C'est le seul argument qui est utilisé en boucle contre le FN depuis vingt ans», s'est défendue Marine Le Pen sur France Inter jeudi, au milieu d'un discours qui cherchait encore et toujours à présenter son parti en «bon père de famille», gestionnaire et réaliste. «Les bibliothèques ne se verront pas expurgées et leur offre se verra même renforcée», a-t-elle assuré.
«Ajouter et non soustraire»«hiérarchiser», ce sont les nouveaux mots que le FN met en avant. Ce sont ceux de Karim Ouchikh, ex-maire adjoint socialiste de Gonesse (Val-d'Oise) devenu conseiller «à la culture, à la francophonie et à la liberté d'expression» de Marine Le Pen, qui déminait cette semaine au téléphone le pesant héritage de 1995. Pour lui, «les polémiques [de l'époque] ont été exagérées. On peut toujours extraire un fait divers d'une saison culturelle, mais les maires en question n'ont pas démérité». Quand bien même certains ont pu «s'affranchir du respect de certains droits fondamentaux».

Effraction. A Orange, Jacques Bompard, réélu dès dimanche sous les couleurs de la Ligue du Sud, avait éjecté de la bibliothèque municipale des livres sur le racisme ou la Seconde Guerre mondiale, mais aussi les polars de Didier Daeninckx, remplacés par des ouvrages écrits par des membres du FN. Dans les autres domaines, l'action culturelle ne fut pas moins violente. Michèle Addala, de la compagnie théâtrale Mises en scène, était alors implantée à Orange :«Ça a été d'une violence inouïe. Les associations ont été démantelées. On rejetait nos dossiers sans les ouvrir, avec cette simple justification : "Volonté politique de la municipalité." On s'est battus pour exister pendant trois ou quatre ans et, à un moment, on n'a plus pu continuer.»

A Vitrolles, remportée par Catherine Mégret en 1997 après l'annulation de la municipale de 1995, c'est l'affaire du Sous-Marin, un café-concert très actif, qui a cristallisé les attaques contre la gestion de la culture à la sauce FN : rejet du rap, de l'underground ou de l'«élitisme parisien». Privée de sa subvention municipale, la salle a été vidée et murée, avant que la mairie ne soit condamnée pour effraction... «Le FN n'était pas préparé, et on a assisté à une déconnexion rapide entre le parti et les maires, explique Gilles Ivaldi, du CNRS. Puis ces derniers se sont rendu compte qu'ils avaient peu de pouvoir sur l'immigration ou la sécurité, et leur action s'est déportée vers un autre domaine porteur d'idéologie : la culture. C'était donc davantage un concours de circonstances qu'une intention. Aujourd'hui, le discours du FN porte avant tout sur les impôts locaux, l'insécurité et les associations communautaires. Ils savent qu'ils sont attendus au tournant sur la culture, ils vont faire profil bas. La génération des Steeve Briois a été biberonnée à la dédiabolisation.» Dans son programme, ce dernier met en avant la défense de la «culture historique» et du «patrimoine architectural» de Hénin-Beaumont.

Selon Karim Ouchikh, le parti d'extrême droite n'a donné «aucune consigne» aux futurs élus, qui seront «autonomes» dans la gestion des affaires locales. Mais le programme du FN sert bien de socle commun, et il n'a pas beaucoup changé depuis les années 90. «La culture participe au rayonnement de la France et permet de combattre l'insécurité identitaire», résume le conseiller de Marine Le Pen. Elle doit donc permettre de ramener «les communautés étrangères» vers le «roman national commun», forcément chrétien. Pour Gilles Ivaldi, «il y a aussi au FN cette idée que la culture est en dégénérescence à cause du monde anglo-saxon et qu'elle représente la quintessence du parisianisme déconnecté des attentes du public. Il faudrait donc revenir au "vrai" et au "beau"».

Figure. Mais le FN d'aujourd'hui jure de refuser qu'on touche à «la liberté d'expression et à la liberté artistique». Il a ainsi surfé tranquillement sur la sortie d'Olivier Py, nouveau directeur du Festival d'Avignon, qui se disait maladroitement, lundi, prêt à quitter la ville si le FN l'emporte dimanche (lire page 5). «La programmation du Festival n'est pas mon métier, et je n'ai aucune intention d'intervenir», se défendait hier Philippe Lottiaux, le candidat FN, bien content d'être invité à taper sur une figure du théâtre contemporain.

Mais où s'arrêtera la liberté d'expression version FN ? C'est là que la «hiérarchisation» intervient. «Nous respecterons les programmations en cours, promet Karim Ouchikh. Ce sont les saisons prochaines qu'il faudra faire évoluer. Les deniers d'une commune ne sont pas infinis et nous souhaitons mettre en avant la culture française, le cinéma, le théâtre et les livres. Ça ne veut pas dire, par exemple, mettre à l'index les cultures urbaines. Mais le rap n'est pas une musique d'origine domestique. Donc, sans l'interdire, il s'agit de ne pas le mettre au premier plan.»

Les intentions sont posées. 

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SIEL


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