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mardi, 25 août 2015 19:37

Avenir des bâtiments russes de projection et de commandement MISTRAL

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Le formidable affront que les élites de la France ont fait à la Russie en refusant de lui livrer ses deux BPC de type Mistral, n’a d’équivalent que l’incroyable impéritie des mêmes à trouver une solution honorable pour que ces fruits du génie des compagnons des chantiers navals français retrouvent l’élément pour lequel ils sont faits : la mer.

Sans doute s’agit-il d’une dette morale que nous avons contractée avec ce grand pays en négligeant l’engagement né de l’apposition de la signature de la France sur un contrat. Mais est-ce par simple couardise ou allégeance à l’Oncle Sam ?

Encore qu’une autre dette, intellectuelle celle-là, s’est (on peut le penser) bien installée dans la tête des techniciens, ingénieurs et metteurs au point envers leurs confrères Russes. Sans compter la solidarité entre marins qui n’est pas un vain mot, qui ne s’exprimera pas, tant l’économie basée sur la pudeur des sentiments est la règle chez les gens de mer. La formation des équipages russes auprès des marins français a fait sûrement naître des échanges et des réciprocités, des transferts de méthodes et d’enseignements croisés, développant sans aucun doute la sympathie et la reconnaissance mutuelles.

Et enfin la dette financière qui est de trois types :

Tout d’abord celle née de notre refus envers l’état russe de livrer : le prix d’achat des deux navires nous dit-on se situe à environ 1,2 milliards d’€ à rembourser.

On nous a parlé aussi des frais de maintenance et d’immobilisation supportés par la France à hauteur de 5 millions d’€ par mois. Situation grotesque car elle est sans date de fin et ne pourrait cesser qu’avec l’intervention d’une bonne pâte qui se saisirait des deux navires comme d’un cadeau qu’elle ferait à la France.

Mais on a aussi menti par omission en négligeant d’autres volets de la dette financière.

En effet, sans s’attarder sur le climat entre parties que fera naître la dé-russification des navires, terme généralement employé et qui n’est que la reconnaissance que la Russie exerce, de fait, une indiscutable souveraineté sur une part notable des navires par les matériels qu’elle y a installés et les quelques modifications structurelles apportées sur sa requête, le changement de statut intéresse également tout ce qui est à bord en alphabet russe : les repérages divers des portes et tranches des matériels et appellations, les numérotations des volets, vannes et sectionnements - mais aussi tout ce qui est en langage russe comme les synoptiques des panneaux de commandes des systèmes divers et installations telles la propulsion ou la sécurité voire la distribution électrique ; ajoutons les pièces de rechanges embarquées sous une codification nationale et qu’il faudra déconditionner et rapatrier pour les lots déjà affectés dans les ports russes.

Quel sera l’avenir de ces pièces et de la nombreuse documentation au format papier ou en GMAO ? Va-t-on nous les rendre et pour qu’en faire ?

Manqueront aussi les subsides nés des contrats de soutien et de maintenance, vie des navires durant et ceux relatifs aux formations des formateurs des équipages et techniciens et des équipages eux-mêmes.

Sans doute la Russie avait-elle fait adapter et transformer des quais et des appontements, des bassins de carène, des entrepôts et des ateliers pour réceptionner ces navires de 199 m de long et de 16 500 tonnes propulsés par des POD ventraux. Ajoutons que la coque de ces navires a été étudiée pour les mers très froides et - faut il le préciser – la fonction brise-glace.

Des sommes considérables seront donc à solder par un artifice budgétaire que mettront en place les services du Budget français. En outre le transfert probable de plans divers avec notes, cédés en flux constant tout le long de l’avancement de la construction, procédure habituelle dans ce genre de contrats, constitue-t-il un transfert de technologie comme une compensation à notre défection à honorer le contrat ?

Dès lors sommes-nous bien sûrs que la Russie ne sortira pas dans trois ou quatre ans des Mistrals tout semblables aux nôtres ?

La France - et ce n’est pas sa nature d’être empêtrée et aux abois - attend son salut d’un hypothétique acquéreur en mesure de dicter sa Loi.

Ne pourrions-nous pas affecter un de ces bâtiments en hémisphère Sud, pour notre Marine, là où nous manquons de bâtiments de premier rang pour exercer pleinement notre souveraineté sur notre zone économique exclusive ?

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Alain Rousseau

Délégué régional SIEL Bretagne

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