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vendredi, 04 décembre 2015 13:24

Lettre ouverte à Monseigneur Ulrich, Archevêque de Lille

Écrit par 

Lettre ouverte, copie : La voix du Nord, La Croix, Famille Chrétienne

Clotilde LIBERT
Responsable SIEL 59
Candidate sur la liste Front National « une région fière et enracinée »


Monseigneur Laurent ULRICH
Archevêque de Lille


Excellence,

Chrétienne pratiquante, mère de famille de bientôt 9 enfants, je me suis engagée au Front National en 2012. Au mois de juin de cette année, le SIEL (Souveraineté-Indépendance-Et-Liberté), parti fondateur du Rassemblement Bleu Marine, m'a confié la responsabilité du Nord. Mais comment se peut-il ? Comment une chrétienne serait-elle tombée du côté obscur ?

J'ai été catéchisée par les soeurs de Saint Joseph de Cluny, ma famille, le scoutisme. D'un naturel plutôt actif, j'ai accepté bien volontiers les services et responsabilités divers qui m'ont été confiés depuis l'adolescence : cheftaine, animatrice d'aumônerie, jusqu'à recevoir une lettre de mission de Mgr Soubrier en 2000 pour le diocèse de Nantes. D'autres engagements culturels, associatifs, humanitaires m'ont permis d'apporter ma contribution à la vie de l'Eglise et la vie sociale. Enfant des JMJ, j'ai bu et médité les enseignements de Saint Jean-Paul II, complétés par Benoît XVI et aujourd'hui le pape François. Mais alors ? Est-il possible d'être chrétienne et non-seulement de voter Front National, mais plus encore d'en être candidate et le représenter aux élections ?

Aurais-je donc – et bon nombre de chrétiens avec moi – renoncé à l'Evangile ? Serait-ce ce signe de fermeture, de xénophobie, de populisme que vous dénoncez aujourd'hui en vous exprimant dans le quotidien catholique de référence « La Croix » alors que la campagne touche à sa fin, et après un communiqué que vous avez adressé à vos diocésains le 24 novembre ?

Monseigneur, il faut que je vous l'avoue : je crois que j'ai trop lu le catéchisme de l'Eglise Catholique. Je le confesse, j'ai jubilé en lisant Humanae Vitae, j'ai goûté au plaisir en entrant toute entière dans Evangelium Vitae, je tressaille encore en repensant à cette lecture secrète de Donum Vitae. Et chaque fois qu'un pape nous écrit, c'est pour moi une joie non dissimulée, que je ne peux m'empêcher de partager autour de moi. Voilà, c'est dit. Quel soulagement.

Le débat actuel autour du FN chez les chrétiens n'est autre que « est-il permis de voter pour un parti raciste ? ». Il serait vain de vouloir le réduire aux compétences régionales, dont nous savons tous qu'elles ne passionnent guère nos concitoyens, bien qu'elles ne soient pas dénuées d'enjeux. Un groupement non-représentatif de chrétiens a lancé l'excommunication dans la Voix du Nord. Est-il permis d'entendre une autre voix ? C'est ce que je vais tenter de faire, à la lumière des textes communs qui nous éclairent.

Le premier que j'ai choisi nous enseigne sur le devoir pour tout chrétien catholique romain d'être PATRIOTE. En lien avec le quatrième commandement, comme nous devons honorer notre père et notre mère, nous devons honorer la patrie, la terre sur laquelle nous avons été semés.

« 2212 Le quatrième commandement éclaire les autres relations dans la société. Dans nos frères et soeurs, nous voyons les enfants de nos parents ; dans nos cousins, les descendants de nos aïeux ; dans nos concitoyens, les fils de notre patrie ; dans les baptisés, les enfants de notre mère, l’Église ; dans toute personne humaine, un fils ou une fille de Celui qui veut être appelé " notre Père ". Par là, nos relations avec notre prochain sont reconnues d’ordre personnel. Le prochain n’est pas un " individu " de la collectivité humaine ; il est " quelqu’un " qui, par ses origines connues mérite une attention et un respect singuliers. » (CEC)

« 2239 L’amour et le service de la patrie relèvent du devoir de reconnaissance et de l’ordre de la charité. La soumission aux autorités légitimes et le service du bien commun exigent des citoyens qu’ils accomplissent leur rôle dans la vie de la communauté politique. »

Ensuite, le catéchisme nous enseigne sur le devoir que les pays « riches » ont envers les pays « pauvres ». On y trouve notamment l'obligation de justice de ne pas piller ces pays dits émergents, de ne pas y semer le désordre et la guerre. Or n'est-ce pas ce que les dirigeants de la France, depuis plus de 40 ans, tout en décriant le colonialisme, n'ont cessé de faire ? Intervenant au gré de leurs intérêts, faisant peu de cas de la stabilité et des besoins de ces terres comme de leurs habitants. « 2241 Les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine. Les pouvoirs publics veilleront au respect du droit naturel qui place l’hôte sous la protection de ceux qui le reçoivent. »

Alors que faire quand nous sommes face à des migrants ? Que propose l'Eglise aux responsables politiques ?

« Les autorités politiques peuvent en vue du bien commun dont ils ont la charge subordonner l’exercice du droit d’immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des migrants à l’égard du pays d’adoption. L’immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, d’obéir à ses lois et de contribuer à ses charges. »

Je n'ose imaginer que les rédacteurs du catéchisme aient pu connaître le moindre délire de racisme. Savez-vous qu'en France il y a des personnes qui ne peuvent plus payer leurs charges courantes ? Des familles dont les prestations familiales ont diminuées ? Des sans-abris et des clochards ? Savezvous que le Nord est à 13% de chômeurs ? Comment est-il possible de penser que nous pouvons recevoir des personnes précaires et leur apporter la stabilité que le pays n'apporte plus aux siens ? Je suis allée à la jungle de Grande-Synthe la semaine dernière. J'ai vu les tentes dans la boue, alors que nous avons tous allumé nos chaudières, j'ai vu la saleté, alors que médecins et pharmaciens savent que la gale et d'autres maladies reviennent sur nos territoires. Y êtes-vous allé Monseigneur ? Que ne les recevez-vous pas chez vous ? Car franchement de vous à moi, la chrétienne que je suis ne dort pas très bien depuis qu'elle a vu ces toiles sous la pluie... Prétendre accueillir avec humanité pour n'avoir rien d'autre à offrir que la saleté et la misère est le plus beau mensonge pieux. En complément de cette réflexion sur l'accueil des migrants, je vous ai remis un texte que vous connaissez peut-être par coeur : le message de Benoît XVI pour la journée mondiale des migrants et des réfugiés. Je n'ai pas réussi à en extraire une sélection plus courte tant chaque phrase répond à mes préoccupations.

Ma démonstration ne cherche pas à prouver que le Front National est un parti chrétien ; je tente simplement avec lucidité de prendre un peu de hauteur sur les anathèmes qu'il subit outrageusement et de manière caricaturale. Non il n'est pas xénophobe de contrôler qui entre en sort de son pays, c'est même le devoir de ceux qui en ont le mandat, pour le bien de la population qui leur est confiée. Dans « La Croix » vous semblez accuser le Front National de vouloir « résoudre les problèmes d'une région à partir d'un seul point d'analyse : le rejet de ceux qui viennent d'ailleurs ». Avez-vous seulement lu le programme de ces régionales ? Que savez-vous de ce qui est proposé pour protéger nos agriculteurs, nos patrons de PME-PMI ? Avez-vous eu connaissance des propositions concernant l'apprentissage ? Ce sont ces thèmes qui feront la relance ou l'enlisement économique de la région et nous avons des propositions pragmatiques, concrètes dessus.

Alors que le candidat socialiste a affirmé à La Manif pour Tous que le gouvernement actuel n'a pas agi contre les familles, alors que les représentants des Républicains sont unanimes pour conspuer Marion Maréchal-Le Pen quand elle dit vouloir supprimer les subventions du planning familial, dont les actions vont profondément dans le sens du refus de la vie, Marine Le Pen affirmait encore ce matin sur France Bleu Nord qu'elle trouvera « une ligne budgétaire régionale pour les jeunes mères qui souhaitent garder leur enfant ». Convenons que cela fait longtemps qu'un responsable politique n'avait pas pris une position aussi engageante pour la vie naissante.

Monseigneur, pour mettre un terme à cette lettre que je veux filiale, car vous êtes mon Pasteur, et fraternelle car nous sommes tous deux baptisés, c'est encore vers le catéchisme que je me tourne et que je vous renvoie :

« 2442 Il n’appartient pas aux pasteurs de l’Église d’intervenir directement dans la construction politique et dans l’organisation de la vie sociale. Cette tâche fait partie de la vocation des fidèles laïcs, agissant de leur propre initiative avec leurs concitoyens. L’action sociale peut impliquer une pluralité de voies concrètes. Elle sera toujours en vue du bien commun et conforme au message évangélique et à l’enseignement de l’Église. Il revient aux fidèles laïcs " d’animer les réalités temporelles avec un zèle chrétien et de s’y conduire en artisans de paix et de justice " (SRS 47 ; cf. 42). »

Soyez assuré, Excellence, de mes sentiments filiaux les plus respectueux,

Clotilde LIBERT


PS Si l'Eglise n'a encore jamais condamné le Front National, il est peut-être utile de rappeler que le socialisme l'a été par Léon XIII dans Rerum Novarum, par Pie XI dans Quadragesimo anno (1931) : "Personne ne peut être en même temps bon catholique et vrai socialiste" et que Jean-Paul II le condamne à son tour dans Centesimus Annus (1991)

PS2 Si l'Eglise n'a encore jamais condamné le Front National, il peut être utile de rappeler que la franc-maçonnerie l'a été à diverses reprises. La congrégation pour la Doctrine de la Foi a publié un rappel le 26 novembre 1983 « Le jugement négatif de l’Eglise sur les associations maçonniques demeure donc inchangé, parce que leurs principes ont toujours été considérés comme inconciliables avec la doctrine de l’Eglise, et l’inscription à ces associations reste interdite par l’Eglise. Les fidèles qui appartiennent aux associations maçonniques sont en état de péché grave et ne peuvent accéder à la sainte communion. »

 



MESSAGE DU PAPE BENOÎT XVI
POUR LA JOURNÉE MONDIALE
DES MIGRANTS ET DES RÉFUGIÉS (2013)

« Migrations : pèlerinage de foi et d’espérance »


L’Église et les diverses réalités qui s’inspirent d’elle sont appelées, à l’égard des migrants et des réfugiés, à éviter le risque d’apporter une simple assistance, pour favoriser l’intégration authentique, (…) chaque État a le droit de réguler les flux migratoires et de mettre en oeuvre des politiques dictées par les exigences générales du bien commun, mais toujours en garantissant le respect de la dignité de chaque personne humaine. Le droit de la personne à émigrer – comme le rappelle la Constitution conciliaire Gaudium et spes au n. 65 - est inscrit au nombre des droits humains fondamentaux, avec la faculté pour chacun de s’établir là où il l’estime le plus opportun pour une meilleure réalisation de ses capacités, de ses aspirations et de ses projets. Dans le contexte sociopolitique actuel, cependant, avant même le droit d’émigrer, il faut réaffirmer le droit de ne pas émigrer, c’est-à-dire d’être en condition de demeurer sur sa propre terre, répétant avec le Bienheureux Jean-Paul II que « le droit primordial de l’homme est de vivre dans sa patrie : droit qui ne devient toutefois effectif que si l’on tient constamment sous contrôle les facteurs qui poussent à l’émigration » (Discours au IVe Congrès mondial des Migrations, 1998). Aujourd’hui, en effet, nous voyons que de nombreuses migrations sont la conséquence d’une précarité économique, d’un manque de biens essentiels, de catastrophes naturelles, de guerres et de désordres sociaux. A la place d’une pérégrination animée par la confiance, par la foi et par l’espérance, migrer devient alors un « calvaire » pour survivre, où des hommes et des femmes apparaissent davantage comme des victimes que comme des acteurs et des responsables de leur aventure migratoire. Ainsi, alors que certains migrants atteignent une bonne position et vivent de façon digne, en s’intégrant correctement dans le milieu d’accueil, beaucoup d’autres vivent dans des conditions de marginalité et, parfois, d’exploitation et de privation de leurs droits humains fondamentaux, ou encore adoptent des comportements nuisibles à la société au sein de laquelle ils vivent. Le chemin d’intégration comprend des droits et des devoirs, une attention et un soin envers les migrants pour qu’ils aient une vie digne, mais aussi, de la part des migrants, une attention aux valeurs qu’offre la société où ils s’insèrent.

À ce propos, nous ne pouvons pas oublier la question de l'immigration clandestine, thème beaucoup plus brûlant dans les cas où celle-ci prend la forme d’un trafic et d’une exploitation des personnes, avec plus de risques pour les femmes et les enfants. De tels méfaits doivent être fermement condamnés et punis, alors qu’une gestion régulée des flux migratoires, qui ne peut se réduire à la fermeture hermétique des frontières, au renforcement des sanctions contre les personnes en situation irrégulière et à l'adoption de mesures visant à décourager les nouvelles entrées, pourrait au moins limiter pour de nombreux migrants les dangers de devenir victimes des trafics mentionnés.

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Clotilde Libert


Déléguée départemental SIEL du Nord

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